Commissaire Deveaux: " Bruxelles n'est pas en guerre "

Gilbert Dupont
Commissaire Deveaux: " Bruxelles n'est pas en guerre "
©DEMOULIN

Le commissaire Deveaux réagit sur les récents événements bruxellois

Incidents à Molenbeek: 43 personnes interpellées

Charles Picqué: "On ne peut pas laisser passer"

8 incidents depuis le 26 août


BRUXELLES Si la fonction existait, le commissaire divisionnaire Deveaux exercerait sur la Région bruxelloise des compétences assez proches de celles des préfets français. Directeur coordinateur (ou Dir Co) de l'arrondissement judiciaire de Bruxelles, Jacques Deveaux a la haute vue sur ces incidents à ré pétition dans les quartiers sensibles de Bruxelles et qui, selon son analyse, ont débuté le 26 août exactement. Interview (exclusive) du "préfet de Bruxelles".

L'analyse des services de police ?

"On en est à huit incidents majeurs depuis le 26 août mais nous faisons l'analyse qu'ils ne sont pas liés. En revanche, tous se sont produits entre le bas de Laeken et le bas de St-Gilles, des quartiers peuplés majoritairement de populations issues de l'est marocain, du Rif. Aucun incident n'a été signalé à Bruxelles, Ixelles, Schaerbeek, St-Josse qui sont des quartiers plus mixtes avec des brassages de populations plus complets. Aucun incident n'a impliqué les jeunesses d'origines turque, albanaise ou africaine"

Des dessous politiques ?

"Certains groupements d'extrême gauche, que je ne nommerai pas, ont créé un terrain en distribuant depuis des années des tracts faisant passer les services de police pour des bataillons de racistes. On a poussé à une certaine méfiance vis-à-vis de la police : se rebeller est devenu culturel. Des jeunes nous expliquent que se rebeller est un signe d'appartenance sociale. Dans ces quartiers, ne pas se rebeller, c'est risquer de passer pour un indic. Des incidents sont clairement liés à la délinquance et au contrôle de la vente du haschisch dans les quartiers. À Molenbeek, Ribaucourt qui était concerné par les incidents de jeudi soir en est l'exemple. On vient de Paris vendre de la drogue à Ribaucourt. Il y a des Parisiens qui se perdent et nous demandent l'adresse de Ribaucourt."

La population (et même des policiers) dénonce l'existence de zones de non-droit.

"Les incidents de jeudi soir sont la preuve du contraire : Ribaucourt est un quartier difficile et on est intervenu. On ne reculera pas. Clairement, la police veut continuer de privilégier l'approche par les tissus sociaux. Mais si ça dépasse l'acceptable, on interviendra. L'attaque d'un commissariat à coups de pierres ne sera jamais tolérée. Mais j'ajoute qu'il faut savoir doser l'opportunité : l'attaque d'un commissariat n'est pas à mettre sur le même pied qu'un carreau de véhicule de police cassé. On ne va pas tout compromettre pour un carreau pété..."

Pour les rafales de kalachnikov à Forest et Anderlecht, la police serait intervenue après des heures et aurait même reçu l'ordre de reculer.

"On n'avait pas pu le dire à l'époque mais nous avions un gros problème d'effectifs avec, le même soir, une opération judiciaire menée dans un autre quartier. "

Seriez-vous favorable à des interdictions de rassemblement ?

Bruxelles n'est pas en guerre. Il fait doux et ça va être la fin du Ramadan. Il faut laisser aux gens la possibilité de fêter la rupture du jeûne. Quelques dizaines de jeunes ne peuvent retirer à la ville le droit de vivre normalement."

Des renforts de police prévus ?

"Ils sont prévus depuis les tensions. Les polices locales peuvent à tout moment compter sur les renforts de 2 pelotons, 3 arroseuses, 1 hélicoptère, 12 patrouilles d'intervention supplémentaires."



© La Dernière Heure 2009



8 incidents depuis le 26 août

Tout commence toujours de la même façon : un suspect refuse un contrôle de police.

Mercredi 26 août, vers 18 h, À Anderlecht

Après un été serein, le premier incident éclate à Anderlecht dans le quartier Aumale par l'interpellation, vers 18 h, par la police fédérale du métro, de l'auteur présumé d'un vol avec violence. C'est déjà le scénario classique (le même que jeudi à Molenbeek) : le suspect incite à l'émeute le quartier dont les jeunes prennent fait et cause pour lui.

Même soir, À Molenbeek

Un véhicule de police essuie un jet de projectile rue de Ribaucourt. L'incident est mis en relation avec la drogue dans ce quartier et la fermeture d'un coffee shop.

Jeudi 27 août, 17 h 15, À Anderlecht

À Aumale (encore), pris à parti par des jeunes issus de l'immigration nord-africaine, un policier (d'origine asiatique) et sa collègue essuient des insultes racistes et sexistes.

Le même soir, à Anderlecht toujours, la police trouve une cache, de l'essence et des mèches en tissu (préparatifs de cocktails Molotov).

Dimanche 30 août, 20 h 30, À Bruxelles

Dans le quartier Anneessens, un banal contrôle de police (une mobylette circulant dangereusement) déclenche l'attroupement immédiat d'une centaine de jeunes. Policiers en difficulté.

Mercredi 2 septembre, 22 h 30, à Laeken

Toujours le même scénario : une patrouille de Polbru essuie un jet de pavé et l'interpellation de 4 auteurs provoque des incidents.

Dimanche 7 septembre, 0h47, à Anderlecht

Des coups de feu sont tirés à la Kalachnikov AK-47 dans le quartier de la rue des Goujons. L'incident est associé à tort aux émeutes. Il s'agit ici d'un règlement de comptes dans le grand banditisme (stups).

Lundi 8 septembre, 22 h 30, à Forest

Représailles de la veille et donc liées au grand banditisme étranger aux émeutes, des rafales sont tirées vers un salon de thé de la rue de Montenegro. La même nuit, la police saisit un riot gun, un kalachnikov, douze cocktails Molotov ainsi qu'un Beretta.

Jeudi 17 septembre, 18 h 43, à Molenbeek

Affrontements entre jeunes et policiers : au départ de la rue de Ribaucourt, l'interpellation d'un suspect incite à l'émeute qui tourne au caillassage du commissariat central.



© La Dernière Heure 2009

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be