L’ouvrier portugais était vivant

Gilbert Dupont
L’ouvrier portugais était vivant

L’ouvrier qui fut abandonné par ses collègues a encore vécu entre 15 minutes et une heure

BRUXELLES L’autopsie a révélé que l’ouvrier portugais de Saint-Gilles victime d’un malaise alors qu’il travaillait au noir sur un chantier, que cet ouvrier de 49 ans, Antonio Nunes Coelho, était vivant quand ses collègues sont allés l’abandonner dans un endroit peu fréquenté à Uccle.

L’instruction de la juge Isabelle Panou a beaucoup progressé. Le chantier a été localisé : le 368, chaussée de Neerstalle, propriété de la Société uccloise du logement. L’entrepreneur en charge du chantier a été identifié, la sprl EG-Batineuf, d’Evere.

Son patron a été interrogé : Victor Correia Narciso a reconnu qu’il faisait appel à un fournisseur de main-d’œuvre, un certain Carlos Pinto da Silva.

Selon nos infos toujours, les deux sont en aveux d’avoir roulé dans Bruxelles “pendant deux heures” avec à l’arrière l’ouvrier secoué sur le plancher de leur camionnette, un Mercedes Vito. Ils reconnaissent que ni l’un ni l’autre n’ont appelé les secours pour essayer de le sauver.

L’ouvrier travaillait au noir. Ils ne voulaient certainement pas que l’adresse du chantier au 368, chaussée de Neerstalle soit localisée. Alors ils ont cherché un endroit désert pour se débarrasser de lui. C’est Victor qui conduisait.

La veuve, Lurdes, est effondrée, scandalisée.

Et nous avons interrogé le patron d’EG Batineuf : Victor Correia Narciso parle d’une “bêtise […] une grosse connerie…” . Il affirme cependant que les policiers l’auraient assuré qu’en réalité l’ouvrier avait cessé de vivre.

C’est démenti par l’autopsie qui établit en effet qu’Antonio, victime de ce malaise et qui est tombé alors qu’il plafonnait à l’étage, n’est pas mort mais a vécu un laps de temps compris “entre un quart d’heure et une heure”.

Désormais, la juge d’instruction est donc en charge : pour le parquet, d’un dossier de “non-assistance à personne en danger” et “recel de cadavre”; et pour l’auditorat du travail de Bruxelles, d’infractions “relatives au travail non déclaré” , à “l’absence des documents sociaux” , d’infractions “à la législation sur l’occupation des travailleurs étrangers “et “la mise en danger de la santé ou la sécurité d’un travailleur par manque de mesures adaptées “ .

Chez EG-Batineuf, M. Victor Correia Narciso met en cause Carlos Pinto da Silva, son fournisseur de main-d’œuvre. L’accord était qu’il lui donnerait 500 € pour les trois jours de plafonnage et Carlos payerait Antonio à 22 euros l’heure.

Après le malaise vers 14 h, ce fut la panique au 368, chaussée de Neerstalle.

Aucun des autres ouvriers n’appela les secours. L’un d’eux téléphona à Carlos qui appela Victor. Les deux vinrent sur place et prirent tout en main. Carlos et Victor ont embarqué le plafonneur à l’arrière de la camionnette. À la fin du voyage de deux heures, l’ouvrier avait cessé de vivre. Ils l’ont jeté, abandonné dans une ruelle, la rue V. Gambier, le long du parc Raspail.

Carlos s’est ensuite rendu chez sa veuve pour acheter son silence : 10.000 euros et pas un mot à la police. Lurdes, évidemment, a refusé.

Dans l’entretien que nous avons avec le patron, celui-ci nous dit que Carlos aurait fait le même chantage et lui aurait aussi réclamé 10.000 euros.

Ces infos sont la suite d’un mois d’enquête dans le milieu bruxellois du bâtiment, sur cette affaire dont nous avons révélé les premiers détails le 1er février. L’affaire est maintenant connue aussi au Portugal, grâce à la télé. Au Portugal, elle choque également.



© La Dernière Heure 2012

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