Sa demande d’asile compromise, il se suicide

Craignant un retour fatal au pays, le Béninois a préféré mettre fin à ses jours.

Didier Haine
Bruxelles : depuis 1986, quelques 50.000 personnes ont transité par le centre ouvert du Petit-château, situé à Bruxelles-Ville, le long du canal. Pour l'instant, il accueille quelque 700 pensionnaires.
Bruxelles : depuis 1986, quelques 50.000 personnes ont transité par le centre ouvert du Petit-château, situé à Bruxelles-Ville, le long du canal. Pour l'instant, il accueille quelque 700 pensionnaires. ©Olivier Pirard

Il était l’un des 83 Béninois à s’être réfugiés en 2012 sur notre territoire en vue d’obtenir l’asile. Il s’est depuis suicidé parce que craignant d’être expulsé vers son pays d’origine, puis torturé et tué.

Samiyou Djimadou, 29 ans, était arrivé en Belgique en date du 10 septembre 2012 et avait alors été brièvement entendu par l’Office des étrangers.

Comme à l’accoutumée, son dossier avait été transféré au Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) en date du 28 septembre.

On ne saura malheureusement jamais pourquoi il s’était réfugié en Europe…

En cause ? Même si l’examen d’une demande d’asile doit théoriquement s’effectuer endéans les six mois : dix mois se sont écoulés sans que ce demandeur d’asile n’ait même été auditionné une première fois au CGRA. Résultat ? Sa demande n’aura jamais été examinée.

Rappelons à ce propos que notre secrétaire d’État en charge de l’Asile, Maggie De Block (Open VLD), avait osé assurer lors de la présentation de sa note de politique générale que les nouvelles demandes d’asile déposées en 2012 seraient "traitées dans un délai de trois mois"...

Estimant - probablement à raison - que sa procédure d’asile était on ne peut plus compromise, Samiyou Djimadou n’a plus entrevu d’autre issue que de se suicider.

Cela, même s’il n’en avait jusqu’alors pipé mot à ceux et celles qu’il côtoyait au Petit Château. "On ne nous a même pas dit que Sami était mort", se désolent ces derniers. "Jamais il ne nous a parlé de se suicider, mais il répétait souvent ces derniers temps qu’il avait peur d’être enfermé dans un centre fermé et expulsé, vu qu’il n’avait jamais été auditionné depuis son arrivée. Au fil du temps, il était d’ailleurs devenu insomniaque."

Quant à savoir ce qui l’avait poussé à demander l’asile… "On ne le lui a jamais demandé et il ne nous l’a jamais confié non plus. Il nous avait par contre dit qu’il serait torturé et tué s’il remettait un pied au Bénin. C’est si triste ce qui lui est arrivé. C’était vraiment une belle personne."

Dans le courant de l’après-midi de lundi, Samiyou Djimadou a décidé d’en finir à proximité du carrefour formé par la Petite rue du Marly et la chaussée de Vilvorde, à Nerder-over-Heembeek. Il a d’abord tenté de se jeter sous un camion, mais le chauffeur a réussi à l’éviter. Dans la foulée, l’homme a sauté dans le canal.

La circulation fluviale n’a pas été interrompue immédiatement et les pompiers de Bruxelles ont en conséquence mis plus d’une quarantaine de minutes à localiser le corps de la victime. Il n’y avait plus rien à faire. Dans son sac à dos, sa carte d’identité du Bénin et une tartine...

Le CGRA était quant à lui injoignable ce mardi, mais nous l'avons eu au bout du fil ce mercredi !

"Dans le cas de figure présent, il n'y avait aucun signal de fébrilité psychologique dans le dossier. On regrette de ne pas avoir été informé de la situation par le centre Fedasil qui hébergeait le demandeur. C'est vraiment dommage", souligne Damien Dermaux, porte-parole du CGRA. "On aurait pu accélérer le traitement de sa demande ou le rassurer à tout le moins quant au bon déroulement du traitement de sa demande et lui assurer qu'il ne serait pas expulsé tant que celle-ci n'avait pas été traitée."

Et d'ajouter : "Le délai de traitement d'une demande d'asile s'est considérablement raccourci ces dernières années. La durée moyenne de traitement est d'un peu plus de trois mois. Dans certains cas, il arrive que ce délai soit plus long. Notamment pour des raisons de priorité, de disponibilité d'interprète, de recherche d'informations sur la situation réelle du pays d'origine."

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