Malentendant, il ne pouvait terminer ses primaires

L’enfant, qui avait réussi sa cinquième, ne pouvait passer en sixième.

Gilbert Dupont
Les élèves de l'école Saint-Michel de Jette passent leur certificat d'études de base (CEB).
Les élèves de l'école Saint-Michel de Jette passent leur certificat d'études de base (CEB). ©Christophe Bortels

La Fédération Wallonie-Bruxelles a refusé qu’un enfant de 14 ans ayant accumulé un retard scolaire par suite de surdité, mais qui avait réussi sa cinquième, puisse passer en sixième année et terminer sa scolarité dans l’enseignement primaire classique. Il fallait une dérogation. La Fédération refusait.

Les parents ont dû l’assigner en justice et celle-ci leur a donné raison, du moins a-t-elle obligé l’Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles à reconsidérer son refus dans l’intérêt de l’enfant et, pour ne perdre aucun instant, l’a condamné à payer aux parents 500 € d’astreinte par jour supplémentaire de retard.

Âgé de 14 ans, l’enfant à handicap allait faire ses six années primaires en neuf ans, ce qui nécessite une dérogation. La Fédération Wallonie-Bruxelles refusait.

Les parents sont confrontés depuis des années à des avis contraires. Leur fils, qui a redoublé sa première puis sa deuxième, a par contre réussi sa troisième avec 58 %, la quatrième avec 76 % et la cinquième avec 60 %, soutenu par un service d’aide scolaire à l’intégration et l’intervention en classe d’un psychopédagogue.

D’un côté, la pédopsychiatre qui suit leur fils depuis tout petit estime qu’il peut faire ses primaires. C’est aussi l’avis du directeur d’école et de l’équipe enseignante. D’autant que l’enfant récupère le sens de l’audition.

De l’autre, le Centre psycho-médico-social maintient depuis la troisième primaire qu’il doit "pour son bien" bénéficier d’un enseignement différencié.

À maintenant 14 ans, le garçon possède en français le niveau d’un enfant de troisième et, en calcul, de deuxième primaire.

Malgré l’avis contraire fin juin du directeur d’école, la Fédération Wallonie-Bruxelles a refusé, en juillet dernier, aux parents d’accorder à l’enfant la dérogation lui permettant de passer en sixième et terminer ses primaires.

Les parents ont dû se battre tout l’été. Ils ont gagné, en tout cas marqué des points. Leur avocat s’est appuyé sur les Décrets Missions et École de la Réussite. "Toutes les écoles primaires sont tenues de mettre en place un dispositif permettant à chaque enfant de parcourir la scolarité d’une manière continue, à son rythme et sans redoubler […] De progresser à son rythme, en pratiquant l’évaluation formative et la pédagogie différenciée."

Les parents ont plaidé que refuser à leur fils d’achever son cycle primaire constituera pour lui un préjudice grave et irréparable et qu’un changement d’école serait une incohérence par rapport au discours et au comportement des adultes qui l’encadrent actuellement et qui vont dans le sens d’une continuité de sa scolarité dans l’école. "Notre fils risquerait de perdre confiance et ses repères sécurisants qu’il a mis du temps à investir".

Nous avons la décision sous les yeux. Elle est sévère. L’Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles est condamné à prendre une nouvelle décision qui "ne soit pas entravée d’irrégularités".

Pour refuser à l’enfant malentendant la fameuse dérogation pour lui permettre de passer en sixième, la Fédération Wallonie-Bruxelles se basait sur un test PMS de capacité de quarante-cinq minutes alors que l’enfant avait réussi sa cinquième primaire et que tant le directeur d’établissement que l’équipe enseignante tenant compte des progrès réalisés acceptaient qu’il passe en sixième et termine ses primaires.

Et pour la pousser à faire vite, la Fédération Wallonie-Bruxelles est aussi condamnée à payer aux parents 500 euros d’amende par jour de retard supplémentaire.

Gilbert Dupont

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