Les dealers se vendent leurs clients

Comme les notaires, les trafiquants qui veulent se mettre au vert monnayer leur clientèle

Cayrol Raphaël
Les dealers se vendent leurs clients

La consommation de drogues est désormais un phénomène de société en Europe. Rien que concernant les drogues douces, près de 9 % des Bruxellois et 5 % des Belges consomment du cannabis au moins une fois par an.

Dans ces conditions, les clients ne manquent pas. Et les dealers ne s’y trompent pas. "J’avais un travail en parallèle et tout l’argent de la drogue servait pour mes dépenses quotidiennes", explique Marc. "Ainsi, j’évitais de trop attirer l’attention. Mais je me suis quand même fait prendre à cause des allées et venues trop régulières des clients chez moi", regrette-t-il.

Si la majorité des dealers deviennent "gourmands au point de se faire attraper", de l’aveu de ce dernier, un grand nombre décide d’arrêter après quelques mois une fois un beau pactole mis de côté, afin de ne pas être identifié par les autorités.

Mais ils n’arrêtent pas du jour au lendemain. "Mon dealer m’a dit il y a quelques mois qu’il arrêtait de vendre sous peu", se souvient Paul, 26 ans et fumeur de cannabis depuis son adolescence. "Je pensais que je devrai trouver quelqu’un d’autre, mais en fait il m’a dit que je pourrai appeler le même numéro et que ce serait quelqu’un d’autre qui me servirait."

En réalité, les trafiquants se revendent leur clientèle comme les notaires se revendent leur étude. Le dealer qui se met "à la retraite" revend en pratique la carte SIM de son téléphone avec ses contacts.

Pour les clients, cela permet de ne pas devoir chercher un autre dealer et de devoir "regagner sa confiance", selon Paul. Quant au dealer qui interrompt son activité, cela lui permet de toucher un beau pactole. Le nouveau dealer y gagne également : il s’attache une clientèle fidèle et "sûre" sans avoir besoin de démarcher de nouveaux clients. Une pratique d’habitude délicate.

Cette transaction est évaluée à "plusieurs centaines, voire à quelques milliers d’euros" concernant le cannabis.

Cette somme doit être bien plus élevée dès qu’il s’agit de drogues dures. Mais il y a "beaucoup moins d’indépendants dès qu’il s’agit de cocaïne, d’ecstasy, de LSD ou d’héroïne. Dans ce cas, c’est plutôt des réseaux qui organisent le trafic."

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