L’entreprise où des ouvriers mouraient

La justice se penche sur deux accidents mortels survenus chez Dicogel à Mouscron.

Gilbert Dupont
L’entreprise où des ouvriers mouraient

Ce mardi après-midi, le tribunal correctionnel de Tournai juge, pour homicides involontaires, l’administrateur-délégué de la société de Mouscron Dicogel ainsi que le conseiller en prévention de cette firme connue spécialisée dans la production de produits surgelés, où des accidents de travail mortels ont coûté la vie à deux ouvriers le 3 mai et le 14 juillet 2010.

Un moment à la fois attendu et redouté pour la famille de Virginie qui était chef d’équipe emballage chez Dicogel où elle est morte en recevant une palette sur la tête.

Comme pour les proches de Bruno Deschuyteneer que Dicogel avait engagé quinze jours plus tôt comme intérimaire et est mort la tête écrasée par un chariot élévateur. Un Clark qu’il manœuvrait sans avoir aucune expérience en la matière ni avoir reçu des conseils d’utilisation. Les pneus du Clark étaient lisses. La boucle de la ceinture de sécurité était coupée : Bruno n’avait donc pas pu être maintenu sur son siège.

Le chariot élévateur ne faisait l’objet d’aucune vérification périodique en bonne et due forme. Il n’y avait pas de carte d’entretien. Dicogel n’avait pas vérifié que son ouvrier était médicalement apte. La firme n’a pu fournir aucune attestation médicale. Et Bruno ne possédait aucune attestation de cariste.

Un même constat avait déjà été dressé deux mois plus tôt après un premier accident qui avait coûté la vie à Virginie : la jeune femme de 26 ans n’avait reçu aucune formation en matière de sécurité.

Le pire est qu’en 2011, Dicogel fit l’objet de deux contrôles de sécurité. Et que les deux ont montré la persistance de manquements graves. Des caristes continuaient d’être mis au travail sans visite médicale, tous les équipements ne disposaient pas d’un rapport de mise en service en bonne et due forme et malgré les accidents mortels de l’année précédente, la qualité/coût du produit fini l’emportait toujours sur la sécurité, en tout cas au niveau des consignes.

Le 17 septembre dernier, l’auditrice du travail de Tournai se montrait très sévère dans son réquisitoire : "J’ai l’impression que cette entreprise était plus préoccupée par la qualité de ses produits finis que par la sécurité de ses t ravailleurs."

Deux morts chez Dicogel. Sur les forums, le frère de Bruno Deschuyteneer a posté : "Un bilan pire que nos militaires tués en mission au Kosovo."

Un ancien de Dicogel a ajouté : "Je ne suis pas étonné. J’ai travaillé dans cette boîte. Ils font tra vailler comme des malades."

Et un autre a conclu : "J’ai occupé le poste de Bruno. Les Clark n’ont pas de klaxon, et quant aux freins, disons qu’ils sont souvent en option… Bref, rouler sur le périph’ de Paris est moins dangereux."

Bruno De Schuyteneer, de Bruxelles, avait 41 ans et trois enfants. Me Hamid El Abouti viendra de Bruxelles défendre à Tournai sa famille "pour que cela n’arrive pas à d’autres", insiste Marianne, sa sœur.

Ses petits avaient 19 mois et 5 et 9 ans. Pour eux, pour les Deschuyteneer, c’est peu dire que papa, c’est peu dire que Bruno manque.

Et sa sœur Marianne, ajoute ceci : "Mon frère Bruno n’était qu’un numéro dans cette société. Les employés qui travaillaient avec lui ne connaissaient pas son nom. Lorsqu’il est mort, la police a dû faire sauter tous les cadenas des casiers pour trouver son portefeuille et l’identifier."

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