Procès Henkinet: le témoignage exclusif qui accable la mère infanticide
Un éducateur de l’institut spécialisé revient sur les derniers jours d’Audrey et Arnaud.
- Publié le 23-02-2016 à 06h56
- Mis à jour le 23-02-2016 à 06h58
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Un éducateur de l’institut spécialisé revient sur les derniers jours d’Audrey et Arnaud. La nuit du 1er au 2 mars 2013, Rita Henkinet tue ses deux enfants. Arnaud, 26 ans, handicapé mental et Audrey, 24 ans, autiste. Elle met fin à leurs jours par empoisonnement en expliquant qu’elle voulait mettre un terme à leurs souffrances.
Or, pour l’un de leurs éducateurs, les enfants allaient bien. L’homme, qui travaille depuis de nombreuses années à l’institut spécialisé de Tiniheid, nous a confié : " Il n’y avait aucune raison qui puisse justifier que Rita et son frère en arrivent là ! Audrey était autiste, avec une autre forme d’intelligence. Arnaud, lui, était débile modéré. Il vivait en autonomie, dans un appartement supervisé au sein de l’institution."
L’homme qui souhaite garder son anonymat continue : "Je suis le dernier à les avoir vus vivants. J’ai vu leur mère venir les chercher. Arnaud rentrait chez lui régulièrement. Audrey, autiste, rentrait rarement chez sa mère. Peut-être quatre ou cinq fois par an. Son père, que l’on dit absent, s’en occupait bien, tout comme les grands-parents paternels. Rita venait toutes les semaines. Audrey est allée chez sa mère ce jour-là et ça a été fatal."
Pour lui, tout était prémédité depuis longtemps. "Ils avaient accumulé des médicaments pour les empoisonner et puis, le caveau était déjà préalablement réservé...", regrette-t-il.
Il dément tout malaise des enfants, mais il tient à prendre la défense de l’institution, souvent blâmée "à tort". Ce geste serait celui d’une maman probablement "dépressive. Beaucoup de parents d’enfants qui sont en instituts spécialisés sont en souffrance mais ce n’est pas pour autant qu’on doit tuer les enfants !"
Un appel à l’aide de la mère à l’institution aurait-il pu sauver les enfants ? "Il y a un dialogue permanent entre les éducateurs, la direction et les parents. Et même avec l’AWIPH. Les dialogues existent. Le personnel est formé. On est contrôlés. On doit rendre des comptes. J’aimerais défendre le travail en institutions spécialisées et, si la direction me m’accorde ce droit, faire visiter les lieux aux détracteurs pour montrer ce que nous y faisons quotidiennement", déclare l’éducateur.
Il essaie tout de même d’apporter un élément de réponse à la question du manque de dialogue concernant le mal-être évoqué par Rita Henkinet : "Je ne peux pas me mettre dans la tête de la mère d’Audrey et Arnaud. Pour moi, elle n’aurait pas pu préméditer ce geste seule. Son frère, à tendance morbide, a une grande responsabilité dans l’histoire."
La défense demandait l’irrecevabilité des poursuites
Ce lundi, la cour d’assises à charge de Rita et Benoît Henkinet, 57 et 48 ans, a dû répondre à des demandes d’irrecevabilité des poursuites introduites par Mes Wilmotte et Van Stechelman, les avocats de la défense.
Une demande que la cour a en grande partie rejetée. Le frère et la sœur Henkinet comparaîtront donc devant la cour d’assises de Liège pour répondre de l’assassinat des deux enfants de la dame. Arnaud, 24 ans et Audrey, 26 ans, souffraient de handicap mental. Ils étaient placés dans le centre du Tiniheid, à Stembert, dans la région de Verviers.
Cela faisait quelque temps que Rita Henkinet gardait des médicaments dans le but de commettre les faits. Elle a évoqué son envie de faire euthanasier ses enfants auprès d’un médecin.
Dans la nuit du 1er au 2 mars 2013, elle a dissimulé les médicaments dans des mousses au chocolat. Lorsque les enfants se sont assoupis, elle les a étouffés. Elle a ensuite tenté de se suicider. En toute fin de procédure, la chambre des mises en accusation a décidé d’également poursuivre Benoît Henkinet pour assassinat.
Lundi, les débats ont débuté par un dépôt de conclusion de la défense des accusés. Ainsi, Mes Wilmotte et Van Stechelman demandaient à la cour de déclarer les poursuites irrecevables car les avocats ont estimé que les experts psychologiques et psychiatriques avaient fait preuve de partialité dans leurs analyses.
La défense a relevé que les experts ont refusé de déposer les testings qui les ont amenés à leurs conclusions. Les avocats ont également relevé que le quotidien La Meuse avait repris "mot à mot" des paragraphes entiers de l’acte d’accusation avant que celui-ci ne soit lu aux jurés, mais aussi donné la parole à des futurs témoins qui auraient violé la présomption d’innocence des accusés.
La cour s’est longuement retirée pour répondre aux conclusions. Aux environs de 17 h, elle est revenue pour expliquer qu’elle avait en grande partie débouté la défense. Ainsi, la cour a retiré la seule expertise psychiatrique réalisée par le Dr Denys. Le praticien sera toutefois entendu par la cour d’assises. Les autres demandes, dont l’irrecevabilité des poursuites, ont été rejetées.