Grève dans les prisons: un détenu libéré pour "traitement inhumain"

Dix suspects auraient déjà été relâchés pour cette raison rien qu’à Bruxelles.

L. N.
Prison de Namur : grille à l'entrée d'une section
Prison de Namur : grille à l'entrée d'une section ©Alexis Haulot

Dix suspects auraient déjà été relâchés pour cette raison rien qu’à Bruxelles.

Un juge d’instruction peut décider à tout moment de libérer un détenu, selon une procédure de mainlevée, sans attendre la comparution du suspect devant une chambre du conseil.

Ce genre de libérations intervient en général si le juge estime qu’il y a trop peu de charges dans le dossier ou pour des raisons médicales, sociales ou familiales.

Qu’un juge d’instruction invoque le mauvais régime carcéral, c’est une triste première en Belgique.

Le 19 mai, une magistrate bruxelloise a motivé pour cette raison la remise en liberté d’un dealer de 23 ans. "Il a été inculpé pour possession et vente de moyens stupéfiants avec la circonstance aggravante qu’il fait partie d’une association de malfaiteurs."

L’homme séjourne à Molenbeek mais n’a pas vraiment de domicile fixe. Il existe des preuves sérieuses contre lui et il risque au moins un an de prison.

"Bien que les mauvaises conditions de détention dans certaines prisons (entre autres Forest) soient dénoncées depuis des années par le Comité européen pour la prévention de la torture et des traitements inhumains et dégradants, il n’y a toujours pas de solution. À cause de la grève du personnel pénitentiaire depuis le 26 avril et en dépit du dévouement de directeurs et de certains gardiens volontaires, la situation est devenue intenable", écrit la magistrate pour motiver sa décision.

En ce qui concerne le détenu marocain de 23 ans, la juge arrive à la conclusion suivante : "Nous pouvons constater que les droits de l’homme de Monsieur X ne sont pas respectés à la prison de Forest. Le danger limité qu’il représente pour la société ne justifie pas la souffrance qu’il doit subir actuellement en prison."

Le suspect a donc été libéré sous strictes conditions. Il devra demeurer à son adresse à Molenbeek et répondre à tout moment à une convocation des services judiciaires.

Selon des avocats, il y a eu ces dernières semaines à Bruxelles au moins dix cas de ce type, qui ont pu regagner leur foyer parce que la vie dans les prisons de Forest et de Saint-Gilles est devenue épouvantable.

Luc Hennart, président du tribunal de Bruxelles de première instance et responsable des juges d’instruction, ne peut pas fournir de chiffre précis. "Mais j’ai appris en effet qu’il y avait eu plusieurs remises en liberté en rapport avec la situation dans les prisons."


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