Le génie de l'escroquerie sous les verrous

Le marchand d'art bruxellois Gailord Bovrisse a été placé sous mandat d'arrêt pour une incroyable arnaque

Julien Balboni
Le génie de l'escroquerie sous les verrous
©D.R.

Le marchand d'art bruxellois Gailord Bovrisse a été placé sous mandat d'arrêt pour une incroyable arnaque C'est une enquête rondement menée, longue de trois années, qui vient d'être bouclée, la semaine dernière, avec l'arrestation et le placement sous mandat d'arrêt de Gailord Bovrisse, Français de 32 ans, à son domicile de Waterloo. À la manière du héros du film de Steven Spielberg, Arrête-moi si tu peux, le trentenaire est soupçonné d'une étonnante escroquerie dans le monde de l'art suivi d'une fuite à l'étranger. Il pourrait être renvoyé sous peu devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Tout commence début 2013 quand ce jeune homme d'extraction modeste et très porté sur l'art fait la connaissance de Pierre-Henry Caillavet, un homme d'affaires français, patron d'une agence de mannequinat bruxelloise. Un homme qui gagne très bien sa vie et grand amateur d'art. Il le décrit ainsi : "Un garçon très lisse à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. D'une intelligence hors du commun, mais dévoré par l'ambition. Je n'y ai vu que du feu", résume celui qui a grandement œuvré pour l'arrestation de l'escroc présumé.

Quand ils se rencontrent à Bruxelles, Bovrisse lui dit arriver d'Asie, et montre ses grandes connaissances du monde de l'art. "Assez vite, il me propose un Vasarely (célèbre plasticien franco-hongrois) à 125.000€, un prix intéressant sans être fou, qui me met en confiance. Tout se passe bien."

Six mois plus tard, Bovrisse propose à Caillavet, désormais mis en confiance, de s'associer pour commander des œuvres au plasticien britannique Anish Kapoor, dont la renommée est mondiale. L'objectif était d'en faire baisser le prix. "Dans ces cas-là, il faut payer la moitié du prix dès la prise de commande. Il m'a demandé d'avancer sa part, m'assurant qu'il verserait la seconde moitié à la livraison. Il me disait que l'on serait livré dans quelques mois", soupire la victime. Les mois passent, M. Caillavet perd patience. "Bovrisse continue à me proposer des tableaux dont le prix se compte en millions. Il me parle comme si j'étais un émir de Dubai."

Le trentenaire poursuit son œuvre : début 2014, il assure à sa victime que la livraison aura lieu le 10 janvier. Il propose alors une nouvelle œuvre d'art, une peinture de l'Italien Castellani, pour 120.000€, afin d'effectuer une livraison groupée avec le Kapoor. M. Cavaillet tombe dans le panneau et verse l'argent.

En mars 2014, la fête est finie. "Je me rends chez lui, à Uccle. Il avait déménagé. Je l'ai au téléphone quelques semaines plus tard. Il me dit que le camion qui transportait les œuvres est tombé dans un ravin et a pris feu, et n'était pas assuré." L'excuse est ridicule et ne prend pas. Mais il est trop tard. Bovrisse a filé au Brésil, avec sa femme et sa fille de 2 ans.

Avant d'émigrer aux États-unis. Il y aura le temps d'arnaquer un célèbre patron de 12 galeries d'art contemporain en lui vendant des faux Chagall pour 800.000$ (environ 720.000€). Condamné pour cela, il se réfugie en France, dans la région du Bordelais, où il monte un étonnant commerce de produits de luxe (lire ci-contre). Il y a quelques mois, la victime et l'escroc se sont croisés… à Euro-Disney, à Marne-la-Vallée. "C'était surréaliste. J'ai hésité à l'empoigner et il s'est encouru."

Finalement, la chute de Gailord Bovrisse est due à une petite erreur. L'homme a donné son numéro de téléphone français à la police belge. Placé sur écoute, il est repéré dans son nouveau logement de Waterloo. C'est là qu'il a été interpellé, sans présenter de résistance, le jeudi 25 août. "Il n'avait plus que 2,66€ sur le compte de la société par laquelle il avait opéré ses méfaits", rappelle Me Guy Rulkin, avocat de Pierre-Henri Caillavet. Ce dernier explique le sens de son combat judiciaire : "Je voulais qu'il s'arrête. Qu'il se rende compte. Et pouvoir récupérer tout ou partie des fonds perdus. La justice belge travaille en ce sens." Contacté, l'avocat de M. Bovrisse, qui est en aveux, n'a pas donné suite à nos sollicitations.

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