Cluedo à la clinique Fond’Roy

Neuf mois après, on ne sait toujours pas qui, parmi quatorze patients suspects, est l’auteur du meurtre de Didier.

Julien Balboni
Clinique Fond'Roy à Uccle.
Clinique Fond'Roy à Uccle. ©© BAUWERAERTS DIDIER

Neuf mois après, on ne sait toujours pas qui, parmi quatorze patients suspects, est l’auteur du meurtre de Didier.

Cela fait exactement neuf mois, aujourd’hui, que Didier M., un Ucclois de 38 ans, a été victime d’un homicide volontaire, mortellement étranglé. Son tueur figure forcément sur une liste de 14 noms. Et l’enquête n’a toujours pas pu déterminer qui. C’est un véritable Cluedo traînant en longueur qui se joue entre les murs de la clinique Fond’Roy. "L’enquête est au point mort. Elle est excessivement dure à mener vu que les suspects potentiels sont tous atteints de pathologies lourdes et ne peuvent être auditionnés normalement", observe une source proche du dossier. Contacté, le parquet de Bruxelles confirme que l’instruction judiciaire est toujours en cours.

Le 23 octobre 2016, Didier M. est hospitalisé dans la clinique uccloise depuis une semaine, après une violente crise de schizophrénie qui l’a pris alors qu’il se trouvait en vacances avec ses parents, en Croatie. Nous sommes un dimanche et le personnel est en faible nombre dans cette aile destinée aux cas lourds. Peu après midi, un surveillant voit Didier M. se diriger vers sa chambre. Dans ce secteur de la clinique, toutes les chambres sont ouvertes. Quelqu’un a donc pénétré dans celle de la victime et l’a étranglée, entre 12 h 30 et 13 h. Personne n’a rien vu ni entendu. Et la scène n’a pas été captée sur vidéo, vu que la seule caméra de surveillance du service filme mais n’enregistre pas…

Rapidement, l’enquête détermine que le tueur ne peut être qu’un des 14 patients présents ce jour-là, hors du champ de vision du surveillant. Un homme en particulier a été longtemps suspecté : il s’agit d’un patient de nationalité angolaise, qui avait eu une altercation avec Didier M. le matin des faits. Mais il a été mis hors de cause et libéré à la suite d’un test ADN négatif, puis placé dans un autre institut psychiatrique.

André, le père de la victime, n’en peut plus d’attendre. "Tout ça va prendre du temps, nos avocats doivent rencontrer la juge en septembre. Nous nous posons des questions. Il faut vérifier l’ADN de tous les suspects", indique celui qui s’est constitué partie civile, avec son épouse et sa fille.

"Une chose m’interpelle tout de même, c’est la responsabilité de l’institut Fond’Roy. On n’a aucun contact avec eux. Contrairement à plusieurs personnels soignants, le directeur et le médecin traitant ne sont pas venus à l’enterrement de Didier, n’ont pas envoyé un seul courrier. Ce n’est pas très élégant", regrette cet ancien employé dans les assurances.

Contactée par La DH, la direction de la clinique n’a pas répondu. En novembre dernier, le Dr Éric Debersaques, directeur de l’ASBL gérant la clinique, avait évoqué un événement "inattendu, imprévisible et subit" et insisté sur la "situation extrêmement lourde pour l’équipe".

Tout espoir n’est cependant pas perdu. Et est suspendu aux tests ADN sur les suspects. Vont-ils correspondre aux marques et échantillons laissés autour du cou de Didier M. ? Patience. "Il y a beaucoup de choses dans le dossier, les enquêtes ont été faites. Ce que nous voulons savoir, c’est qui a commis les faits et que cette personne soit enfermée et surveillée en hôpital psychiatrique pour ne pas récidiver."

Si l’auteur du meurtre est identifié un jour, il ne sera à coup sûr jamais jugé devant un tribunal ou une cour d’assises, car probablement considéré irresponsable. Peut-être se trouve-t-il (ou elle) encore en ce moment dans les murs de la clinique Fond’Roy.

Un jeune homme passionné de cinéma

Les proches de Didier M. ont toujours du mal à avaler les circonstances de son décès. C’est toujours étreint par l’émotion que son père André en dresse le portrait. "Un grand gaillard de 1,92 m pour une centaine de kilos, passionné de cinéma français à la Audiard et de cinéma d’action américain, ou de la série Game of thrones . Plutôt un beau garçon qui avait du succès avec les filles. Il avait pas mal d’amis de l’époque où il était à l’école, qui lui sont restés très fidèles", décrit-il. Didier s’était vu diagnostiquer sa schizophrénie à l’adolescence, après un voyage scolaire en Italie. Depuis, il alternait entre un travail d’entretien de la voirie à Uccle et quelques séjours en hôpital psychiatrique, lors de crises. Après une chute accidentelle lors de laquelle il a failli perdre la vie, il y a quelques années, il avait perdu son travail.

Sa dernière hospitalisation a été provoquée par une grave crise survenue en vacances, en Croatie. "Il était très excité d’y aller, il trouvait ce voyage magnifique. Mais il était épuisé et dormait très peu." Une semaine plus tard, il était victime d’un crime autant subi qu’imprévisible.


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