Prostitution à Bruxelles: la Villa Tinto d'Anvers est-elle un modèle à suivre? (VIDEO)

La secrétaire d’État en charge de l’Égalité des chances Bianca Dabaets veut copier le modèle anversois dans la capitale.

M. L.

La secrétaire d’État en charge de l’Égalité des chances Bianca Dabaets veut copier le modèle anversois dans la capitale.

Semaine passée, le nouveau bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close révélait dans la DH son intention d’éradiquer la prostitution dans l’hyper centre-ville. Cette tolérance zéro a suscité de nombreuses réactions dans le milieu de l’aide aux prostituées. La secrétaire d’État en charge, entre autres, de l’Égalité des chances, Bianca Debaets (CD&V), se place elle aussi du côté de l’accompagnement, plutôt que de la suppression totale de cette activité.

Elle précise sa pensée à l’occasion d’une visite de la Villa Tinto, maison close à ciel ouvert construite voici une dizaine d’années à Anvers, sous une majorité socialiste et sociochrétienne. Le concept ? 51 vitrines identiques éparpillées le long de deux étroites rues piétonnes. L’identité de chacune les filles est digitalisée, un accompagnement médical et psychosocial est proposé sur le site, une antenne de police installée entre les vitrines veille au grain.

L’enregistrement systématique et l’accompagnement des filles est proposé à l’ensemble des 313 vitrines du quartier, permettant ainsi une vue très précise de qui y passe. De même, le propriétaire d’une vitrine ne peut pas être une "maman", comme on dit dans le milieu.

Le réaménagement complet des voiries, le rétrécissement de la zone de tolérance à trois rues a en effet redonné vie à cet ancien quartier de marins. Très loin de l’image de misère humaine totale que dégagent la rue d’Aerschot et environs à Schaerbeel/Saint-Josse ou le quartier Alhambra à certaines heures du week-end.

Pour Bianca Debaets, la Villa Tinto est le bon exemple à importer à Bruxelles. "Éradiquer la prostitution dans le quartier Alhambra, pourquoi pas? Mais quoi ensuite ? Les filles iront ailleurs et ça ne résoudra pas le problème", commente la secrétaire d’État. "Avec cette position très idéologique, Philippe Close ne pense pas un seul instant à l’accompagnement, l’encadrement de ces filles. À Anvers, non seulement les filles sont mieux encadrées grâce à la présence d’un service psychosocial permanent sur le site mais en plus, la Ville a réussi à circonscrire les vitrines sur trois rues au lieu de 17 auparavant."

Des problèmes subsistent ailleurs en ville, reconnaît la responsable de ce dossier pour la Ville d’Anvers. "Mais il s’agit de personnes sous influence de drogues dures. Le problème est donc très différent."

Meilleure preuve du succès anversois, "les filles reviennent". "Certes, il y a un fort turn over mais on a ici des filles qui reviennent depuis dix ans", explique le gérant de la Villa Tinto. "Leur intérêt de revenir ici : elles payent leur chambre à la journée et, surtout, elles ne doivent pas la partager."

Un tel projet, lancé par le même promoteur que l’antenne anversoise, avait été lancé dans les environs de la rue d’Aerschot à Saint-Josse voici quelques années. Faute de permis, il n’a jamais vu le jour. La Ville de Liège voulait également sa Villa Tinto. Là encore, le projet a été abandonné. À Seraing, en revanche, l’Eros center devrait voir le jour prochainement.


Environ 200.000 euros par mois

Le promoteur immobilier de la Villa Tinto se réjouit chaque jour un peu plus du concept lancé voici une bonne dizaine d’années à Anvers. L’établissement ne désemplit pas, affichant un taux de remplissage moyen de 70 %. Depuis quelque temps, les filles viennent majoritairement de Roumanie et de Bulgarie. Y passent également quelques Sud-Américaines, une sur dix est néerlandaise, 8 % de nationalité belge. Côté genres : 1 % d’hommes, 7 % de transsexuels, le reste, des filles. Le prix de location d’une chambre est de 80 € pour 12 heures, soit un chiffre d’affaires d’environ 200.000 euros par mois, jusqu’à 240.000 les meilleurs mois, nous confie son gérant. De cela, il faut déduire l’entretien, l’énergie, le personnel mais aussi la taxe annuelle par vitrine (3.000 euros pour 51 chambres). Même avec ces frais inhérents à tout hôtel de passe, l’Eros center est un business particulièrement lucratif, le tout sans ennuis puisque les souteneurs n’y mettent pas un pied.

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