TRIBUNAL CHARLEROI : « Après 54 ans de mariage, je ne l’aurais jamais frappée »

Un septuagénaire est poursuivi pour coups et menaces sur son épouse défunte.

Frééric Dubois
TRIBUNAL CHARLEROI : « Après 54 ans de mariage, je ne l’aurais jamais frappée »
©Druno Deheneffe

Un septuagénaire est poursuivi pour coups et menaces sur son épouse défunte.

Aimé s’avance à la barre du tribunal correctionnel, le poids des ans pesant sur sa démarche. A 74 printemps, il comparait pour la première fois devant la Justice. On lui reproche des coups et des menaces sur son épouse, décédée le 17 janvier dernier. Aimé s’offusque : « vous pensez bien qu’elle ne serait pas restée 54 ans avec moi si j’avais été un homme violent. Ce jour-là, on s’est disputés violemment à propos de mon salaire. J’avais bu quelques verres de vin. Mais c’est en voulant s’enfermer dans la cuisine qu’elle s’est cognée au chambranle de porte et qu’elle a cassé ses lunettes. Le lendemain, je suis allé les faire réparer au Cora ».

Mais un hématome sur l’épaule de la victime turlupine la juge Lecomte, sans parler de ses déclarations. « Elle dit qu’elle a reçu plusieurs coups de poing et que vous lui avez mis la tête sur le réchaud en criant que vous aimeriez lui brûler la gueule. Elle dit aussi que vous l’avez menacée en affirmant que si elle appelait la police, ses jours étaient comptés », l’interroge la Présidente.

Mais Aimé s’entête : « je ne l’ai jamais frappée avec mes poings. Elle s’est cognée contre la porte ». Du côté du parquet, on connait par coeur la ritournelle du chambranle, l’excuse par excellence des concubins à la main leste… Si le substitut Lafosse n’est pas dupe, il n’est pas pour autant impitoyable. Il y avait déjà eu trois plaintes déposées par la victime auparavant. Mais le prévenu n’a pas de casier judiciaire et il faut tenir compte de son âge. D’autant que le risque de récidive est désormais nul puisque madame est décédée. Je ne m’oppose donc pas à une mesure de faveur.

Un peu surprise par les déclarations de son client, Me Surrenti a plaidé l’acquittement à titre principal, rappelant la situation difficile de son client qui, vu la maladie de son épouse, s’est retrouvé avec toutes les tâches ménagères sur le dos. Et que ce jour-là, la boisson aidant, il a sans doute perdu son calme. A titre subsidiaire, l’avocate a donc sollicité la suspension du prononcé.

Poli, Aimé a salué le tribunal qui rendra son jugement dans un mois. Une décision qui ne changera sans doute pas grand chose à la solitude du septuagénaire. F.D.

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