“Ils m’ont licencié, j’avais la honte, j’étais cassé”: accusé d’antisémitisme, l’ex-gardien de la paix de Molenbeek est acquitté

Accusé d’avoir appelé sur Facebook à "tuer des Juifs un à un", le gardien de la paix de Molenbeek est acquitté.

“Ils m’ont licencié, j’avais la honte, j’étais cassé”: accusé d’antisémitisme, l’ex-gardien de la paix de Molenbeek est acquitté
©D.R.

La DH apprend qu'après sept ans de procédure, le tribunal correctionnel de Bruxelles a acquitté Mohamed Naciri. Le Molenbeekois de 40 ans était jugé pour antisémitisme. Très exactement : pour avoir, "par des propos publiés dans Facebook, incité à la haine ou à la violence à l'égard de la communauté juive de Belgique, en raison d'un ou plusieurs critères protégés, tels que sa prétendue race, couleur de peau, ascendance ou origine nationale ou ethnique".

Pour le tribunal, l’instruction judiciaire n’a tout simplement pas apporté d’élément concret de culpabilité.

"En attendant, cette affaire m'a cassé", réagit M. Naciri. "Elle m'a collé une étiquette que j'ai portée pendant des années. Et elle m'a coûté ma place. J'étais gardien de la paix, un travail que j'adorais. Ils m'ont viré sans se donner la peine de m'écouter."

Le 19 mai 2015, un an après l'attentat au Musée juif de Bruxelles, paraissaient dans le réseau social Facebook, sur le profil "Bebeto Gladiateur", dans le contexte d'une discussion sur le génocide arménien, des propos relatifs au Hamas et à la politique d'Israël dans les territoires occupés, suivis de considérations haineuses appelant à la violence et au meurtre. Telles que : "Rien que le non (nom ?) juif veut dire sale. Moi, je vous dois aucun respect et aussi si j'étais là-bas en Israël, franchement je ferais de même avec les Juifs : les abattre un à un comme ils font aux Palestiniens."

Ce fut le tollé, en Belgique et à l’étranger.

Huit mois après la publication, l’ONG Jérusalem Institute of Justice (JIJ), basée en Israël, informée par les articles de presse belges et internationaux, se constituait partie civile chez le juge d’instruction de Bruxelles.

L’enquête incriminait Mohamed Naciri, gardien de la paix à Molenbeek. Mis en cause, Naciri répondait qu’il était victime d’une usurpation d’identité. Selon lui, son compte Facebook avait été piraté. Il avait participé à la discussion mais se défendait d’être l’auteur des propos qui faisaient scandale. Malgré ses dénégations, M. Naciri était renvoyé devant le tribunal correctionnel. L’avocat pénaliste Yannick De Vlaemynck assurait sa défense.

Dans le jugement, le tribunal de Bruxelles relève que les faits dénoncés par l'ONG se basent "uniquement" sur "des articles de presse" et que l'enquête de la police belge, "très sommaire", n'a pas pu déterminer qui se cachait réellement derrière le profil Bebeto Gladiateur.

Après sept ans, et la perte de son boulot, M. Naciri est acquitté. "J'étais gardien de la paix à Molenbeek depuis 2004. Quand l'affaire m'est tombée dessus, personne ne voulait m'écouter, pas même mes collègues. La bourgmestre (alors Françoise Schepmans) et le premier échevin (Ahmed El Khanouss) n'ont pas eu d'écoute. J'étais marié, nous a-vions deux enfants et la maison à payer et ils me viraient, avec cette étiquette honteuse collée dans le dos. C'était comme un coup de poignard. Quand il m'a annoncé mon licenciement, le secrétaire communal avait sous les yeux un article qui m'accusait. Je disais que je n'avais rien à voir, il ne voulait rien savoir : il agitait ce journal en me disant de dégager. Le lendemain, j'avais mon C4 pour faute grave. J'étais cassé. J'avais la honte. Il me restait le chômage, quelques centaines d'euros, en réalité des cacahuètes."

Mohamed a retrouvé du travail. Cela n'a pas été facile. Il est devenu père pour la troisième fois, d'une petite fille. Après sept ans, son couple peut maintenant tourner la page. "Je suis innocent, comme je le disais depuis le début. Je peux enfin marcher la tête haute. Je remercie mon avocat, Yannick De Vlaemynck, qui a cru en moi quand j'étais seul au fond du trou."

L’ancienne bourgmestre, Françoise Schepmans, contactée, rappelle qu’un licenciement n’est pas décidé seul, mais en collège sur un rapport d’enquête circonstancié.

"Au collège des bourgmestre et échevins, nous étions dix à prendre la décision", confirme Ahmed El Khanouss, qui était premier échevin et se souvient parfaitement de l'affaire. "J'ai moi-même rencontré M. Naciri et son père. M. Naciri affirmait que son compte avait été piraté. Nous avions un rapport très détaillé de la police qui disait le contraire. J'avais proposé à M. Naciri de s'adresser à un expert informaticien assermenté pour nous démontrer que son compte Facebook avait effectivement été hacké. Il n'y a pas eu de retour. Je ne vois pas quelle autre décision nous pouvions prendre que celle de valider son licenciement. Nous a-vions des propos d'incitation à la haine appelant à tuer des Juifs, dénoncés par la presse mondiale et plus de 70 associations en Belgique et à l'étranger. Il était gardien de la paix assermenté. Si le tribunal l'a acquitté, c'est très bien et je plaiderai pour sa réintégration."

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