Le “Petit Mustapha”, l’ex-gamin “qui faisait peur à la police”, est toujours derrière les barreaux: “Quand on te met en prison à 12 ans, comment veux-tu que je devienne autre chose?”

À 8 ans, il était "le gamin qui fait peur à la police". À 42 ans, Petit Mustapha, plus que jamais derrière les barreaux, se confie.

Le “Petit Mustapha”, l’ex-gamin “qui faisait peur à la police”, est toujours derrière les barreaux: “Quand on te met en prison à 12 ans, comment veux-tu que je devienne autre chose?”
©D.R.

Valerian Dirken est écrivain, féru de psychologie et visiteur bénévole dans les prisons. C’est à ce titre qu’il a pu rencontrer le fameux "Petit Mustapha", comme les médias avaient surnommé Mustapha Riffi dans les années 80.

Petit Mustapha avait 8 ans et mesurait 1 m 35. Il a maintenant 42 ans, mesure 1 m 89 et croupit toujours en prison, pour l'instant à Marche.

C’est à sa demande que Valerian Dirken a recueilli ce document exceptionnel et déroutant qu’il publie à compte d’auteur. Petit Mustapha n’en sort pas grandi.

Devant les tribunaux, Riffi s'est beaucoup plaint d'avoir été médiatisé. En fait, explique Dirken, il en est terriblement fier. "Il se flattait d'avoir été présenté par le Nouveau Détective comme 'le gamin qui fait peur à la police'. Or les médias étaient loin du compte. Ils lui attribuaient 80 faits de délinquance alors qu'il y en avait bien plus. On ne connaissait que la pointe de l'iceberg."

Selon Riffi, tout aurait commencé par le vol d’un tiroir-caisse au secrétariat d’une école à Schaerbeek. Suivi par le vol d’un coffre contenant l’argent des classes de neige.

À l'inévitable question : pourquoi ?, Riffi évoque la mort de son père, décédé l'année précédente sur l'autoroute, au volant d'une Ford Capri. Il décrit une mère dépassée. Un beau-père violent. Son envie de gosse de porter des vêtements de marque, d'avoir "de belles chaussures et un Walkman".

Il évoque, enfin, l'humiliation des punitions infligées dans cet établissement catholique, lui qui est musulman. "Mon frère et moi, nous avons été punis par Sœur Clarissa. Le soir, après la chapelle, on nous infligeait la douche froide avant d'aller au lit. Nous subissions l'humiliation de rester à genoux dans le réfectoire pendant le goûter des autres élèves, les bras tendus avec deux gros livres en main."

Dans les commissariats, il jouait sur son âge pour attendrir. Il convient, aujourd'hui, qu'il utilisait son "physique d'enfant, bien utile pour passer inaperçu". "J'étais, dit-il, le plus rusé pour surprendre les gens, les immobiliser et les saucissonner avec du Scotch. Les mains dans le dos pour les hommes, les mains devant pour les femmes." Petit Mustapha avait 12-13 ans.

En réalité, confie-t-il à Valerian Dirken qui le rencontre au parloir, "je n'avais aucune morale. Les vieux, je les bousculais un peu. Un jour, pour faire parler quelqu'un chez qui on s'était introduit avec ma bande, j'ai attrapé son chien, j'ai sorti un Opinel et je lui ai coupé une oreille devant lui. Bingo, l'homme a parlé."

Le “Petit Mustapha”, l’ex-gamin “qui faisait peur à la police”, est toujours derrière les barreaux: “Quand on te met en prison à 12 ans, comment veux-tu que je devienne autre chose?”
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La suite, c'est de la vantardise où le remords est absent. Riffi balance un vol dont il n'avait jamais parlé : dans un hôtel bruxellois, la valisette d'un client contenant 33 millions de francs belges - plus de 2 millions d'euros en valeur d'aujourd'hui. Il affirme avoir mis "plus d'un an" pour dépenser l'argent, en partie avec des filles. "J'avais 15 ans, j'allais aux putes, j'avais toutes les filles."

Il se flatte qu’au même âge, il roulait sans permis. À 16, s’achetait une VW Golf GTI (est-ce vraisemblable ?). À 17, traçait à 250 km/h sur autoroute, dépassant par la droite sur la bande d’urgence.

À sa quatrième visite au parloir, Valerian Dirken se sentait de plus en plus mal à l'aise de retranscrire des actes criminels. D'entrer dans le jeu d'un truand ne cherchant qu'à se valoriser, à se vedettiser. L'écrivain tente alors de prendre du recul. Recadré, menacé de tout stopper, Mustapha semble, un moment, parler vrai. "J'en suis arrivé à maudire la vie […]. J'ai même été jusqu'à la torture […]. J'avais une révolte sans nom contre la société […]. On disait de moi que j'opère avec un visage d'ange. Mais je suis dans tous les mauvais coups, je n'ai pas de morale et pour moi, c'est un plaisir de braver l'interdit […]. La violence est en moi avec une révolte sans nom."

Valerian Dirken l'a peu entendu exprimer des remords. "Il justifiait que la vie ne lui a fait aucun cadeau, qu'il a été battu et abandonné en orphelinat. Quand il m'a parlé de cette dame morte trois semaines après une agression, c'était froid. Je n'ai ressenti aucune compassion."

À 42 ans, Riffi a passé 21 ans sous les verrous, sans parler de l'enfermement pendant l'adolescence en centre fermée. Ni la prison ni les institutions n'ont servi. "En réalité, estime Dirken, il est très fier d'avoir été le premier enfant envoyé en prison à 12 ans. Et d'avoir été celui à cause de qui la loi Lebrun a été votée."

Riffi est sorti de prison en avril 2021, en conditionnelle, avec 7 ans de sursis. Il avait, disait-il, le projet de soigner des chevaux. Trois mois après, il tombait pour onze braquages dans la région carolo et le Namurois. Nous lui avons parlé hier. Ce qu'il dit : "Quand je suis sorti, j'avais idéalisé l'extérieur. Ça ne s'est pas passé comme j'avais pensé. Pas d'argent. Aucun traitement. Livré à moi-même. Un manque affectif. Et plein de déboires, notamment avec mon ex-femme qui m'interdisait de revoir ma fille. Quand on te met en prison à l'âge de 12 ans, comment veux-tu que je devienne autre chose ?"

Pour les onze hold-up, il a écopé, en mars 2022, de 8 ans supplémentaires. En outre, les 7 ans de sursis sont tombés. Enfin, un autre procès l’attend, à la rentrée, pour 4 vols à main armée (non contestés) à Bruxelles. On ne le voit pas sortir avant 2039.

Valerian Dirken est pessimiste. Selon lui, "du regret, une pensée pour les victimes, non. Chez lui, ce n'est que la force. Je pense qu'il fonctionne uniquement à la peur du gendarme. Pour moi, il n'est pas malheureux en prison. Là, il a enfin un père (de substitution) : la prison, et l'autorité qui va avec."


"Le Petit Mustapha gamin braqueur", par Mustapha Riffi, avec réécriture et interrogation par Valerian Dirken, 45 p., est disponible, au prix de 4 €, sur commande (valeriandirken@gmail.com).

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