Mohamed Abrini prend la parole au procès des attentats de Bruxelles: "Les choses doivent changer sinon je garderai le silence"

Le procès des attentats du 22 mars 2016 a débuté, lundi matin, vers 10h00, avec une heure de retard sur l'horaire prévu.

La cour a commencé par acter que deux jurés suppléants étaient absents, dont une a remis un certificat médical daté de mercredi vers 17h00, soit au moment où la cour entendait les demandes de dispense des candidats-jurés, avant de procéder au tirage au sort des 36 jurés, 12 effectifs et 24 suppléants. La cour a ensuite procédé à la prestation de serment des interprètes.

Neuf hommes sont accusés dans ce procès des attentats qui ont ciblé l'aéroport de Zaventem et une station de métro le 22 mars 2016 à Bruxelles. L'un d'eux doit répondre de participation aux activités d'un groupe terroriste, les autres sont également poursuivis pour assassinats et tentatives d'assassinat dans un contexte terroriste. Un dixième accusé est quant à lui présumé mort.

14h30 : Conditions de transfert : Me De Taye souhaite une suspension du procès

Jonathan De Taye, l'avocat d'Ali El Haddad Asufi, a annoncé lundi midi qu'il déposerait mardi matin devant la cour d'assises des conclusions relatives aux conditions de détention et de transfert de son client. Il souhaite que le procès des attentats à Bruxelles du 22 mars 2016 soit suspendu dans l'attente d'une décision par rapport à cette problématique.

Plusieurs accusés ont en effet dénoncé lundi, au premier jour des débats au fond, les conditions de leur détention et de leur transfert de la prison de Haren au site Justitia, qui accueille le procès. Mohamed Abrini a ainsi menacé de se taire durant le reste des débats si rien ne changeait.

Me Vincent Lurquin, l'avocat de Hervé Bayingana Muhirwa, a, lui, déploré que son client porte les mêmes vêtements depuis huit jours, ses affaires ne l'ayant pas suivi de la prison où il était incarcéré jusqu'il y a quelques jours à celle de Haren, où il se trouve pour la durée du procès.

La présidente de la cour d'assises a répondu qu'elle avait vu passer une lettre de certains avocats, adressée aux ministres de la Justice Vincent Van Quickenborne et de l'Intérieur Annelies Verlinden ainsi qu'au parquet fédéral, et dont elle était en copie. Mais Laurence Massart a répondu que les conditions de détention et de transfert ne relevaient pas de ses compétences. Elle a finalement bloqué le débat et n'a plus voulu faire de commentaires sur la question tant que des conclusions n'étaient pas déposées. Lorsque cela se produira, l'audience pourra alors être suspendue, a-t-elle expliqué.

Durant la pause de la mi-journée, Jonathan De Taye a annoncé à l'agence Belga qu'il déposerait ses conclusions mardi matin. Quelques minutes plus tôt, lors de l'audience, l'avocat avait indiqué qu'il allait envoyer une lettre de mise en demeure sur ces conditions de détention et de transfert aux ministres Van Quickenborne et Verlinden.

il déposera également "Plus que probablement", un référé, a-t-il confié dans les couloirs du Justitia, soulignant que sa démarche avait pour but de s'assurer que le processus "se déroule bien".

13h00 : La cour procède à l'appel de toutes les personnes qui se sont constituées partie civile

La cour d'assises de Bruxelles a commencé à énoncer, lundi vers 12h30, la longue liste des 957 personnes constituées partie civile au procès des attentats du 22 mars 2016 jusqu'à présent. D'autres personnes pourraient encore se constituer partie civile dans les prochaines semaines.

Plusieurs personnes, victimes ou proches de victimes des attentats, ne sont pas représentées par un avocat, mais la plupart le sont. Par ailleurs, de nombreuses personnes se sont constituées au nom de leurs enfants mineurs.

Deux principaux collectifs d'avocats ont été constitués pour représenter les intérêts de toutes ces personnes préjudiciées, V-Europe et Life 4 Brussels. La cour devrait terminer cette première audience après avoir terminé l'appel de toutes ces parties civiles.

12h40: Mohamed Abrini "ne se dit absolument pas étranger aux faits"

Mohamed Abrini, accusé devant la cour d'assises pour les attentats commis à Bruxelles et Zaventem le 22 mars 2016, "ne se dit absolument pas étranger aux faits", a rappelé lundi, à l'entame du procès, son avocat, Me Eskenazi. Lors du procès des attentats du 13 novembre à Paris, "il a déjà pu s'exprimer sur les faits et les faits belges y ont été évoqués", a-t-il déclaré.

Me Eskenazi s'est montré soulagé que le procès puisse enfin démarrer. "On a vu le premier jour, le jour de la constitution du jury, que les débats pouvaient se passer sereinement", après la modification du box des accusés qui a retardé les audiences de près de deux mois. Cette sérénité des débats, "c'était l'objectif de la défense", a-t-il réaffirmé.

12h20: Abrini prévient: "Les choses doivent changer ou je garderai le silence jusqu'à la fin du procès"

L'accusé Mohamed Abrini a demandé à prendre la parole, lundi peu après 12h00, au procès des attentats du 22 mars 2016 devant la cour d'assises de Bruxelles, pour dénoncer les conditions de son transfert de la prison de Haren au Justitia. "On vous humilie, on vous met à nu, vous avez un bandeau sur les yeux et de la musique satanique à fond dans les oreilles", a-t-il fustigé, disant "avoir le sang qui bouillonne".

"Je ne répondrai à aucune question si ça se passe comme ça", a averti l'accusé. "Je prends sur moi pour être là, mais ce sont des choses qui ne se font pas. En France [au procès des attentats à Paris NDLR], on a été respecté. Les choses doivent changer ou je garderai le silence jusqu'à la fin du procès", a-t-il prévenu.

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11h25: La présidente aux jurés prend la parole: "On n'a pas de préjugé, pas d'a priori. On ne défend personne"

La présidente de la session d'assises du procès des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, Laurence Massart, a rappelé, lundi matin, quelques principes aux jurés, à commencer par celui de l'impartialité dont tout juge doit faire preuve. "On n'a pas de préjugé, pas d'a priori. On ne défend personne", leur a-t-elle dit. Elle a ensuite précisé avoir demandé 60 devoirs d'enquête jusqu'à présent.

Dans ce procès hors normes, dix hommes sont accusés, dont un, Oussama Atar, fait défaut. Les neuf autres, Mohamed Abrini, Osama Krayem, Salah Abdeslam, Sofien Ayari, Bilal El Makhoukhi, Hervé Bayingana Muhirwa, Ali El Haddad Asufi, Smail Farisi et Ibrahim Farisi comparaissent, détenus pour les sept premiers, libres pour les deux derniers.

La présidente a conseillé aux jurés de prendre des notes durant les débats et a insisté sur l'impartialité, le "travail à charge et à décharge" qui incombe aux trois juges de la cour et au jury. "On n'a pas de préjugé, pas d'a priori. On ne défend personne", a-t-elle dit.

La magistrate a aussi évoqué deux principes fondamentaux: l'égalité des armes entre les parties et la loyauté dans les débats. "L'accusé a toujours la parole en dernier lieu et les parties civiles n'ont pas la parole sur la peine, en cas de culpabilité, car on n'est pas dans une société de vengeance", a-t-elle ajouté.

"Sans vous, le procès s'arrête", a également insisté auprès des jurés Laurence Massart. Lundi, deux jurés suppléants manquaient déjà à l'appel, ce qui fait déjà baisser la "réserve" de 24 jurés à 22, pour ce procès qui sera extrêmement long, entre six et neuf mois.

"Il y a deux phases dans un dossier pénal", a poursuivi la présidente, s'adressant toujours aux jurés. "Il y a la phase préalable au procès pénal. C'est l'enquête. C'est une procédure écrite, qui est secrète. Le dossier n'est alors accessible qu'à certaines personnes et dans certaines conditions. Cette enquête-ci fait près de 300 cartons. Trois juges d'instruction l'ont menée. Vous les entendrez en février. Puis, il y a la phase du procès pénal. Là, c'est inverse, tout est oral et public, donc toute l'enquête va revivre devant vous."

Après avoir donné ces quelques mots d'explication aux jurés, la présidente a énuméré les 60 devoirs d'enquête qu'elle avait ordonnés jusqu'à présent. Cinquante d'entre eux sont rentrés, dix doivent encore être scannés, a-t-elle précisé.

Ces devoirs concernent notamment des expertises psychologiques, l'identification de certaines personnes dans le dossier ou encore des enquêtes téléphoniques. L'un des devoirs concerne les images d'un drone survolant l'extérieur puis l'intérieur de la station de métro Maelbeek, a expliqué Laurence Massart.

Elle a également demandé à ce que soit démontée une installation permettant la retransmission audio et vidéo des débats dans un bureau du parquet fédéral sur le site du Justitia "au nom de l'égalité des armes". Enfin, la présidente a demandé la retranscription d'une discussion entre Mohamed Abrini, accusé dans ce procès, et Mehdi Nemmouche, l'auteur de l'attentat au Musée juif de Belgique à Bruxelles le 24 mai 2014 (qui avait fait quatre morts), dans le quartier de haute sécurité de la prison Bruges, et dont elle n'avait jusqu'ici que des extraits.

11h10: L'ouverture du procès ravive les angoisses mais est "un cap à passer" pour des survivants

De nombreuses parties civiles ont fait le déplacement lundi pour le premier jour d'audience du procès des attentats de Bruxelles, malgré le fait qu'elles n'auront pas la parole avant plusieurs semaines.

Survivants, proches de victime, toutes n'attendent pas la même chose de ce procès d'assises qui s'annonce hors normes. Certaines n'attendent d'ailleurs rien de plus que de représenter leur proche, victime à Maelbeek ou Zaventem.

C'est le cas de Sarah Esmael Fazal dont la sœur, Sabrina, est décédée dans la station de métro bruxelloise. "C'est important pour moi d'être là, pour représenter ma sœur. (...) Je suis là pour elle aujourd'hui", a-t-elle déclaré à son arrivée au Justitia lundi matin. "Je ne pense pas qu'ils m'apporteront des réponses (...) Je n'ai pas de haine envers eux, aucune haine. Je leur ai pardonné, je suis bien avec moi-même."

Christelle Giovannetti, survivante de l'attentat de Maelbeek, vit, elle, ce premier jour avec plus d'appréhension. "J'ai déjà vu les accusés (lors de l'audience préliminaire, NDLR), c'est un stress en moins, mais malgré tout, c'est aujourd'hui que ça commence vraiment (...) c'est beaucoup d'émotions, beaucoup de choses qui reviennent, des cauchemars,...", a-t-elle expliqué.

Des sensations partagées par Sylvie Ingels, qui a, elle, échappé au pire à Brussels Airport. "Ces derniers jours ont été très durs, je n'ai pas arrêté de cauchemarder, de me sentir très angoissée", relate-t-elle. "Si je suis venue aujourd'hui, c'est pour justement pour passer ce pas, essayer d'aller au-delà de mes craintes (...) Ce procès, il va nous poursuivre pendant 6 à 9 mois, il fallait passer le cap."

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