Avant l'attaque à Zaventem, El Bakraoui faisait la conversation dans le taxi, tandis que les deux autres passagers semblaient stressés ou ailleurs

Le montage vidéo de la reconstitution du trajet de taxi qui a emmené les deux kamikazes et l'accusé Mohamed Abrini à l'aéroport de Zaventem le 22 mars 2016 a été diffusé mercredi matin devant la cour d'assises de Bruxelles.

CAPTION ADDITION TO ADD IDENTIFICATION OF INDIVIDUAL : In this image provided by the Belgian Federal Police in Brussels on Tuesday, March 22, 2016, three men who are suspected of taking part in the attacks at Belgium's Zaventem Airport and are being sought by police. The men on both the left and right are yet unidentified, the man at center has been the identified by the Federal Prosecutors office on Wednesday, March 23, 2016 as Ibrahim El Bakraoui. (Belgian Federal Police via AP)
Sur cette image fournie par la police fédérale belge à Bruxelles le mardi 22 mars 2016, trois hommes qui sont soupçonnés d'avoir pris part aux attaques à l'aéroport de Zaventem en Belgique et sont recherchés par la police. Les hommes à gauche et à droite ne sont pas encore identifiés, l'homme au centre a été identifié par le bureau du procureur fédéral le mercredi 23 mars 2016 comme étant Ibrahim El Bakraoui. ©AP

Selon le témoignage du chauffeur de taxi, Ibrahim El Bakraoui faisait la conversation, tandis que les deux autres passagers - Najim Laachraoui et Abrini - semblaient soit stressés, soit ailleurs.

La reconstitution a eu lieu le 19 mai 2016 sur le site des Casernes à Etterbeek. Elle n'a pas pu se faire sur la voie publique car l'accusé Abrini y assistait.

Le chauffeur de taxi est revenu sur plusieurs éléments, notamment sur son arrivée au 4, rue Max Roos.

Alors qu'il ne trouve pas le nom de réservation (Serra) sur la sonnette, il appelle la centrale de taxis pour obtenir le numéro de téléphone qui a commandé le véhicule. Il sonne, à deux reprises, sans avoir de réponse. Il s'apprête à partir quand un homme lui crie d'un étage élevé qu'"ils arrivent".

"Je sors du taxi, j'ouvre le coffre (...) J'attends, mais j'active mon taximètre. Ils prennent leur temps pour sortir", explique-t-il ce jour-là.

C'est Ibrahim El Bakraoui qui arrive en premier et place son sac en tissu noir dans le coffre, bien droit. Puis Abrini, suivi de Laachraoui.

Le premier explique au chauffeur de taxi qu'ils vont à l'aéroport, mais ne semble pas bien situer la géographie de la Région, il s'étonne notamment que la voiture passe par l'Otan pour rejoindre Zaventem.

C'est El Bakraoui qui fait la conversation, les deux autres (la version diffère d'une audition à la reconstitution) semblent pour l'un stressé, pour l'autre dans ses pensées. Il affirme au chauffeur qu'ils sont étudiants, venus à Bruxelles pour des vacances, puis digresse sur les Américains. "Ils ont amené la violence dans le monde (...) T'as vu ce qu'ils font aux Noirs aux États-Unis?!", lance-t-il au chauffeur, lui-même noir.

Une fois arrivé à destination, chacun prend sa valise, refusant à nouveau l'aide du chauffeur. Abrini, présenté alors comme "l'homme au chapeau", va chercher un charriot. El Bakraoui salue le chauffeur d'un "peut-être qu'on se reverra un jour".

En quittant Zaventem, le chauffeur roule toutes fenêtres ouvertes sur l'autoroute "tellement ça puait" dans la voiture. Il reçoit une autre commande, depuis Schaerbeek vers la place du Jeu de Balle. C'est avec sa cliente qu'il entend qu'il y a eu des explosions à l'aéroport, il lui fait part de ses doutes sur les trois personnes qu'il a transportées avant elle. "Elle me dit: si t'as des doutes, il faut aller voir la police." Et c'est comme ça qu'il se retrouve, dès 8h20, dans un commissariat des Marolles (lire ci-dessous).

Procès des attentats à Bruxelles: Salah Abdeslam, malade, absent des audiences de mardi et mercredi

Très vite après les explosions à Zaventem, le chauffeur de taxi se rend à la police

A 8h20 le 22 mars 2016, soit une vingtaine de minutes après les deux explosions ayant tué 16 personnes à l'aéroport de Zaventem, le chauffeur de taxi qui emmené les kamikazes et l'accusé Mohamed Abrini se rend dans un commissariat du centre de Bruxelles. Dès qu'il apprend que des attentats ont été commis à l'aéroport, l'homme a des doutes quant aux trois individus qu'il a déposés ce matin-là, a exposé mercredi matin, devant la cour d'assises, un commissaire de police. L'audition de ce chauffeur de taxi va se révéler déterminante dans l'enquête sur les attentats du 22 mars 2016, permettant à la police de découvrir l'adresse de la rue Max Roos, où plusieurs indices importants - dont un ordinateur - seront retrouvés.

Le taximan a été entendu le 22 mars 2016 entre 8h29 et 9h31. Il en ressort qu'il a pris en charge trois individus, rue Max Roos, à Schaerbeek, à 07h08 du matin et les a emmenés à l'aéroport de Zaventem, où il est arrivé à 7h33. Chacun avait une valise noire en tissu, dégageant une forte odeur chimique, selon les propos du taximan. Ces bagages, identiques, semblaient lourds mais les clients ont refusé l'aide du chauffeur, que ce soit pour les charger ou les décharger.

Le chauffeur décrit les trois hommes de type nord-africain, parlant français pour deux d'entre eux, le troisième n'ayant pas parlé. L'un portait des vêtements clairs, un autre un chapeau. Il les qualifie de calmes, tous les trois.

Les enquêteurs ont également retrouvé la trace de l'appel téléphonique ayant permis de réserver le véhicule, passé à 6h26 ce matin-là. Le numéro a été identifié, les enquêteurs déterminant par la suite qu'il a été passé via une carte prépayée au nom de David Olive Serra, fausse identité utilisée par Najim Laachraoui. C'est ce dernier qui a passé l'appel, selon les enquêteurs. L'homme demande une camionnette, précisant qu'il faut transporter "plusieurs personnes" et qu'il y a "pas mal de bagages". Un monospace lui sera proposé, ce qu'il accepte.

Les images de caméras, placées sur le trajet, ont également permis aux enquêteurs de trancher entre la version donnée par le chauffeur de taxi, selon lequel les trois individus étaient assis à l'arrière du véhicule, et celle de l'accusé Mohamed Abrini, qui affirme qu'Ibrahim El Bakraoui était assis à l'avant. Selon les enquêteurs, les trois individus étaient bien assis à l'arrière. Un élément important, selon les juges d'instruction, car le taximan témoigne de propos tenus par les suspects selon la place à laquelle ils étaient assis.

Le 22 mars 2016, une recherche d'explosifs, de précurseurs (soit de substances ayant servi à fabriquer des explosifs), de fibres, de poils, d'ADN, d'empreintes... est également effectuée. Cela ne donnera pas de résultat pertinent.

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be