La cour d’appel examine ce matin le dossier Seraing et Doyen Sports contre la Fifa. L’enjeu est énorme.

Ce matin, devant la 18e chambre de la cour d’appel de Bruxelles, qui traite du droit de la concurrence, s’ouvre le procès qui oppose le petit club de Seraing et l’entité Doyen Sports, face à la Fifa, l’Uefa, l’Union belge et le syndicat mondial des joueurs (FifPro). Le premier juge liégeois avait débouté les demandeurs. C’est ainsi que le club de Seraing a été puni par une interdiction totale de recruter des joueurs, même des enfants.

Le fond du dossier est la demande formulée par Doyen Sports et Seraing d‘ouvrir l’investissement dans les joueurs de football à des parties tierces comme des banques ou des financiers, ce qui est aujourd’hui interdit. Pour eux, les droits de la concurrence ne peuvent pas interdire l’investissement privé. Et les instances du football mondial.

En d’autres termes, les demandeurs entendent faire voler en éclat tout le système sur lequel sont basés les transferts de joueurs de foot, en permettant la propriété des droits économiques par des tiers, résumée sous le nom de TPO (Third party ownership). Seraing et Doyen Sports considèrent que cette interdiction est totalement contraire au bon fonctionnement d’une économie capitaliste. Plus précisément, une décision de justice en faveur de Doyen Sports pourrait permettre à une personne privée ou un organisme - comme une banque - d’investir des fonds pour un joueur.

Cette vision du business du football mondial est totalement opposée notamment à celle de la puissante Uefa. Son précédent président, le Français Michel Platini, avait œuvré pour créer le fair-play financier dont l’objectif final est de ne permettre aux clubs de dépenser plus qu’ils ne possèdent ou ne génèrent.

Si le club sérésien est insignifiant sur la planète football, son allié de fortune, Doyen Sports, n’est pas un inconnu. Ce sulfureux fonds de placement privé créé par l’ex agent portugais Nélio Lucas ne se caractérise pas par une transparence de tous les instants. Basé à Malte, il s’est fait la spécialité d’achats de joueurs par tranches, via le TPO. C’est ainsi qu’il a prêté de l’argent pour concourir au nébuleux montage financier de la vente du Brésilien star Neymar Jr du Brésil au FC Barcelone. Ou encore pour avoir acquis 33,3 % des droits du Français et ex-Standarman Eliaquim Mangala avant de le transférer de Porto à Manchester City, encaissant une juteuse plus-value.

En 2015, avant qu’il ne soit débarqué pour une affaire de corruption présumée tout aussi nébuleuse, Michel Platini avait vivement attaqué Doyen Sports, sans le nommer, qualifiant ses actions de "honte" et de "forme d’esclavagisme". "Certains joueurs ne sont tout simplement plus maîtres de leur carrière sportive et sont transférés chaque année pour enrichir ces inconnus avides de l’argent du football", avait-il lancé. Pire, l’enquête Football Leaks a révélé l’existence de plus de 10 millions d’euros de versements de commissions occultes pour le transfert de joueurs tels que les Français Mangala, Kondogbia ou le Colombien Falcao.

Les défenseurs de Seraing et Doyen Sports considèrent pour leur part que la Fifa et l’Uefa ont mis la justice sportive en coupe réglée et demandent la libéralisation de ce marché, afin de faire valoir, selon eux, la primauté du droit à la concurrence sur le fonctionnement actuel du foot business. Ils veulent porter l’affaire devant la justice européenne.

Ils plaideront ce matin , tandis que les avocats des parties adverses auront la parole une semaine plus tard. La cour d’appel de Bruxelles aura la lourde tâche de trancher. Avec, peut-être, des conséquences aussi importantes que celles qui ont suivi le prononcé par la Cour de justice des Communautés européennes, de l’arrêt Bosman, en 1995. Cet arrêt avait établi l’illégalité des quotas de nationalités au sein des équipes sportives professionnelles et semi-professionnelles. Engendrant un chambardement international et la naissance du foot mondialisé tel qu’on le connaît. Bosman était alors défendu, entre autres, par un jeune avocat, le Belge Jean-Louis Dupont. 24 ans plus tard, c’est ce même avocat qui défend Doyen Sports et Seraing. Il entend bien ajouter un nouveau scalp à sa collection.