Le tribunal correctionnel vient de condamner le gardien de la paix d'Anderlecht Adil El Manti, qu'il jugeait comme le maillon principal d'une bande criminelle suspectée en Belgique d’avoir travaillé pour les barons néerlandais de la drogue Houssine Aït Soussan et Abdelhamid Aït Ben Moh, alias Kikker. Si la cocaïne arrivée du Maroc par centaines de kilo était destinée aux Pays-Bas, des comparses belges avaient un rôle à jouer : veiller à ce que tout tourne rond. 

Comme l'un des principaux, le parquet ciblait notre El Manti ainsi que Mohamed Kanoute, dit "B. A"., et Abou Sako, dit "Capone".

Ils risquaient la peine ferme de douze ans d’emprisonnement. Les juges se sont donc montrés relativement cléments pour l'Anderlechtois.

Les victimes, Abdelkader Bouker et Younes El B., ont " disparu" fin 2016. L'un d'eux a pu s'échapper, le corps de l'autre n'a pas été retrouvé. Pour leurs avocats, la preuve d'un enlèvement n'était donc pas rapportée. Ceux ci faisant valoir le doute , demandaient l'acquittement.

Younes, enlevé en sortant d’un Basic Fit près du Sport paleis d'Anvers, était parvenu à s’échapper de l’appartement en France dans lequel il était séquestré. Pour les avocats, il n’avait pas été maltraité, disposait d’un ordinateur et a pu téléphoner, il était nourri et pouvait se doucher. "Est-ce cela, un otage ?" , interrogeaient-ils.

Quant au second, qui a complètement disparu depuis 4 ans, comment être certain qu'il aurait été tué? Qu'il n’est pas quelque part sur une plage? Qu’il n’a pas mis lui-même sa propre disparition en scène ? C'est ce qui était plaidé. "Son ADN ainsi qu’une arme et des gants lui appartenant ont été trouvés dans un appartement à Dilbeek. Est-ce la preuve que ceux que vous jugez l'ont kidnappé ? Et si Bouker était plutôt leur complice ? Il avait les moyens d’organiser sa propre disparition (400 kg de cocaïne n’ont pas été retrouvés, NdlR). Et si M. Bouker se trouvait sur une île paradisiaque ?"

Ces arguments ont été rejetés. Dans la bande, deux prévenus sont condamnés à 12 ans ferme. Adil El Manti écope de la peine de 8 ans. A cause des mesures de confinement, ce gardien de la paix en charge de la sécurité dans la commune bruxelloise, n'a pas fait le déplacement. Son conseil le représente. Le parquet avait demandé son arrestation immédiate. Le tribunal vient de l'ordonner. A Anderlecht, l'échevin en charge des gardiens de la paix, Alain Kestemont, avait déjà demandé que El Manti soit écarté du service et suspendu, par mesure d'ordre.