Douze ans sans signe de vie, même à son fils. Nous l'avons retrouvé

MAUBEUGE `Nivelles, le Col- ruyt de Nivelles? Ce couple qui arrive sur le parking, à l'arrière, pour prendre de l'essence. Tu te souviens? Qui est d'abord descendu de la Mercedes? La femme?´ Vittorio nous fixe. Droit dans les yeux. Et c'est long. 8? 10 secondes? Puis un éclair amusé passe dans ses prunelles. Comme pour dire: ` Pas avec moi, fiston´. Bien trop malin, le Vittorio, pour tomber dans le piège. Mais il a compris que nous avions cherché...

Août 1982. C'est la première agression attribuée aux tueurs du Brabant... un an avant que les médias n'inventent l'expression. Elle a lieu à Maubeuge où vit d'ailleurs toujours Vittorio. À l'époque, en 82, il habitait Honnelles, de l'autre côté de la frontière.

Et sa femme tenait une épicerie de village, donc à 6 km de Maubeuge. Où, le 13 août 82, la première agression, dans l'épicerie Piot, n'avait d'autre but que de voler du vin.

Comme l'année d'après, le 16 septembre 83, la tuerie du Colruyt de Nivelles allait faire trois tués pour45kg de café, 5 boîtes de pralines, 25 litres d'huile d'arachide et 25 d'huile de maïs.

{Q.}Et si tout ça, Vittorio, c'était pour l'épicerie de ta femme?

Vittorio est un peu surpris. `Suppositions de journalistes. Et de la police qui revient avec la filière boraine parce qu'elle n'a pas les c... d'aller chercher les vrais tueurs. Nous, à l'époque de l'épicerie, on achetait en gros. Je dors bien. Ma conscience est blanche, pas noire´.

De fin 1983 à 86, Vittorio a avoué 36 fois avec détails avoir pris part au Colruyt de Nivelles. ` C'étaient des aveux extorqués à 95%. Les réponses, les détails m'étaient soufflés. On m'a eu à l'influence psychologique. Les auditions duraient deux jours. Avec un café par 24 heures. A la fin, t'en as marre, tu signes n'importe quoi...`

{Q.}Soit, mais on t'a frappé?

{R.}`Non!´

Aux assises, les accusés ont eu beaucoup de chance. Vittorio lui-même en convient. `La presse nous était favorable. On a eu un président fantastique qui s'est piqué de refaire l'enquête en mettant le doigt sur les contradictions et incohérences. Les experts se contredisaient...`

{Q.}Il serait si simple d'accepter le polygraphe. Tu aurais la paix. Madani B. a relevé le défi et ça lui a réussi. `Je leur ai dit: faites avec moi un ADN. Comme ça, vous ne me casserez plus les c... et je prouve mon innocence une fois pour toutes. Le détecteur de mensonges, je n'en veux pas parce que je m'en méfie. D'abord, c'est pas sûr. Et puis, pour réussir le détecteur, il faut avoir la santé. Les Belges, je les connais. Pour me piéger et recommencer comme il y a quinze ans, non. Aller en Belgique, c'est non! Pour l'ADN, je leur ai dit OK mais en France. A moins de recevoir des garanties. Mais pour ça, il faudrait d'abord que je contacte mes avocats, Jean-Marie Chevalier et Jean-Luc Dessy...´

{Q.}Les anciens de la filière boraine? `Au début, Baudet est venu trois fois puis je lui ai dit d'arrêter. Je sais qu'il s'est tué. Josiane (Debruyne) aussi est morte. Cocu, je ne l'ai plus revu depuis le procès...´