Le juge veut identifier les bénéficiaires d'une commission de 1,3 million de dollars

BRUXELLES Une commission rogatoire de la BSR de Bruxelles, mandatée par le juge d'instruction Jean-Claude Van Espen, en charge de l'affaire Tractebel, se trouve depuis un mois et dans le plus grand secret sur l'île de Jersey. Les enquêteurs sont chargés d'expliquer la destination d'une somme de 1,3millionde dollars parvenue sur le compte de la firme de marketing Lavenham, en provenance d'une filiale suisse de Tractebel.

Tractebel pense que cet argent constitue une partie des commissions occultes qu'elle accuse son ex-manager de crise au Kazakhstan, Pierre Bocquet, d'avoir perçues. Ce dernier, faut-il l'écrire, nie avec force et devrait s'en expliquer la semaine prochaine avec le juge.

Hier, on apprenait aussi que la justice bruxelloise souhaitait faire bloquer ce compte Lavenham. Ce ne sera pas nécessaire. A Jersey, où le droit anglo-saxon est de rigueur, lorsqu'un litige de cette nature apparaît, le responsable d'une fiduciaire locale se charge de geler la somme en cause. C'est ce qui a été fait.

Selon nos informations, cet argent constitue la moitié de la rétribution de consultants ukrainiens chargés, avec Pierre Bocquet, de mener à bonne fin la vente de près de deux milliards de mètres cubes de gaz en Ukraine, constituant la totalité de ce que devait Itera, la firme de transport de gaz de Gazprom, à Tractebel. Grâce aux négociations dures menées par Bocquet et ses consultants, le prix du millier de mètres cubes de gaz avait doublé: alors que Tractebel avait pris l'habitude de le vendre entre 17 et 18 dollars, le contrat ukrainien fit monter les enchères jusqu'à 34 dollars.

La rétribution de Lavenham était fixée à 5% du marché: finalement, 2,5% seulement ont été effectivement versés par Tractebel qui depuis lors a contesté cette créance par simple courrier recommandé de son avocat mais sans plus argumenter depuis lors. Ce qui explique l'intervention de la fiduciaire de Jersey qui a agi après consultation de Bocquet et de Lavenham.

Le juge Van Espen voudrait notamment savoir qui sont ces Ukrainiens qui sont les consultants ukrainiens de Lavenham. Bocquet admet avoir tout fait pour ne pas permettre d'identifier certains protagonistes du dossier. Non pas pour les protéger mais pour se protéger. Car, à tout prendre, il préfère se faire houspiller par la justice belge plutôt que de se voir tailler des croupières par des gens qui n'ont absolument aucun sens de l'humour.