L’hebdomadaire Paris Match donne la parole au juge du TAP de Bruxelles

BRUXELLES Le 13 décembre dernier, Nordine Amrani semait la mort sur la place Saint-Lambert à Liège. Le jour même, les premières interrogations autour de la libération conditionnelle du tueur, intervenue en 2010 suite à une décision du TAP de Bruxelles (tribunal d’application des peines), faisaient déjà couler beaucoup d’encre. D’autant qu’en novembre 2011, Amrani avait été inquiété pour des faits d’attentats à la pudeur avec violence.

Rapidement, la ministre de la Justice déclarait que le département de la Justice s’était opposé à cette remise en liberté d’Amrani et que la décision du TAP de Bruxelles avait été faite en toute indépendance.

Alex Delvaux, le président du TAP de Bruxelles, a tenu à “rétablir un minimum de vérité historique” dans le magazine Paris Match qui sort ce jeudi.

Il précise que la version de la ministre de la Justice était “contraire à la réalité. Ce sont les services du ministre de la Justice qui ont décidé de préparer Nordine Amrani à la libération conditionnelle en lui accordant, sans aucune surveillance, une vingtaine de jours de sortie, et cela des mois avant que le TAP ne soit saisi. D’autre part, lors de l’audience de septembre 2010, ces services ont proposé au tribunal la remise de l’intéressé en liberté, avec avis favorable du ministère public dans un cadre de surveillance électronique” .

Le deuxième problème abordé dans cet entretien réalisé par notre confrère Michel Bouffioux concerne la transmission des infos entre le parquet de Liège et le TAP de Bruxelles : “C’est une occasion manquée qu’il faut déplorer car, si le TAP avait été saisi d’une demande de suspension et/ou de révocation de la libération suite à une arrestation provisoire, je ne vois pas comment l’expérience de la libération conditionnelle aurait pu être poursuivie sur un fondement biaisé : encore une fois, cette plainte pour attentat à la pudeur à Liège remettait totalement en cause l’analyse de personnalité qui avait fondé la libération de l’intéressé.”

Le journaliste énonce alors l’hypothèse d’une non-présence d’Amrani sur la place Saint-Lambert le 13 décembre 2011, si les informations avaient mieux circulé. Et le président Delvaux de répondre : “De fait, l’arrestation provisoire que j’évoquais peut avoir lieu dès qu’il y a suspicion d’un danger grave pour les personnes. L’arrestation relève de l’appréciation du parquet. Elle vaut pour 7 jours.”

Enfin, nous apprenons encore que le milieu judiciaire liégeois aurait pu très rapidement être au courant de la libération conditionnelle d’Amrani. Le journaliste cite une source anonyme issue de la magistrature : “Quand on reçoit un P-V sur une personne, il suffit d’ouvrir une banque de données informatisées et de taper son nom pour voir les condamnations éventuelles dont elle fait l’objet, pour savoir si elle est en liberté conditionnelle et, le cas échéant, quel est le TAP compétent. Cela prend deux minutes, c’est un réflexe tout à fait basique, comme mettre sa ceinture quand on prend la route. Mais bien des gens, on le sait, oublient encore de mettre leur ceinture…”



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