Argent sale et Mirage belges

Hubert Leclercq et Gilbert Dupont Publié le - Mis à jour le

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BRUXELLES Il y a bien eu versement de dessous de table lors de la vente, il y a dix ans, au Chili de vingt-cinq Mirage belges.

Au début des années 1990, le Plan Delcroix oblige la Force Aérienne à se séparer de ses vieux Mirage V achetés, il est vrai, en 1969.25 de ces appareils sont donc cédés à la Sabca - pour 54 millions de dollars - laquelle s'est chargée d'en adapter vingt au programme évolutif Mirsip (Mirage System Improvement Program). Le 19 juillet 1994, la Sabca vend ces 25 appareils modernisés au double du prix - 109 millions de dollars- au Chili. Pourquoi le Chili? C'est ce que les justices des deux pays cherchent encore aujourd'hui à comprendre.

L'an passé, le juge belge Daniel Fransen perquisitionnait à la Sabca, à l'Office national du Ducroire et à Evere, à l'Etat-Major général de l'armée. Six mois plus tard, une commission rogatoire belge s'envolait pour le Chili. Et voilà que trois policiers chiliens achèvent, ici à Bruxelles, une commission rogatoire ordonnée depuis Santiago du Chili par la juge Sandra Rojas. Mais si chez nous, rien ne filtre, la justice chilienne ne doute plus pour sa part qu'il y a eu versement de commissions occultes.

1) Montant cité: 15 millions $.

2) Pour les Chiliens, la vente des Mirage belges n'a pu se faire sans l'intervention de l'ex-général belge Jacques Lefebvre trouvé suicidé en 1995 dans un hôtel avenue Louise.

Ancien aide de camp du Roi, Jacques Lefebvre travaillait depuis cinq ans pour une société française proche de Dassault. Les Chiliens affirment que le lobbyiste belge s'est rendu au Chili en 1992 et 1993. Selon les Chiliens toujours, la société pour laquelle il opérait a empoché un demi-million de dollars. 3) Comment? Il y a eu montage. Des commissions ont transité par un (ou plusieurs) comptes ouverts à la Clariden Bank à Zurich (Suisse). Le montage faisait intervenir une société fiscale créée aux Iles Vierges par une... boîte postale ouverte à Miami (Floride), Berthier International. Des 15 millions de dollars du départ, il est alors encore question de 14,5 millions.4) Toujours selon les Chiliens, un autre Français, Bernard C., aurait touché, lui, 150.000 dollars. Ce Bernard C. dirige à Paris une société de consultance aéronautique. Des policiers chiliens ont pu l'interroger récemment.5) Intermédiaire suivant dans l'affaire des Mirage belges: un certain Carlos Honzic décédé en Belgique en 2001. Avec sa société Decopal (installée à Santiago), ce Chilien d'origine hongroise s'occupait depuis trente ans de négocier du matériel militaire.6) D'autres encore se seraient sucrés sur la vente des vingt-cinq Mirage belges. Les Chiliens impliquent F. d. S. d'O., un Belge installé depuis un demi-siècle dans l'extrême sud du pays où il exploite plusieurs milliers d'hectares. Arrivé au Chili en 1948, ce compatriote dirige aussi à Santiago une société Combak S.A. qui aurait empoché 1,5 million de dollars. 7) La justice du Chili soupçonne encore deux intermédiaires. Le premier est également d'origine belge: cet homme installé à Londres, Bernard V., se serait octroyé 2,5 millions de dollars. Bernard V. était bien-placé comme beau-fils de M. Ramon Vega, général commandant à l'époque la Fuerza Aérea chilienne, la FARCH. Cet homme, devenu sénateur, aurait également perçu 2,5 millions de dollars, ce que l'intéressé nie farouchement en prétendant que ce serait en Belgique qu'il faut chercher.1,5 million + 2,5 + 2,5 + 0,5 + 150.000 dollars: on est loin des 15 millions de dollars, et même assez loin... puisqu'il en reste au moins 7 dans la nature.

© La Dernière Heure 2004

Hubert Leclercq et Gilbert Dupont

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