Les proches de la jeune femme de 27 ans sont revenus sur le parcours de la victime, son frère se montrant particulièrement en colère et traitant l'accusé de "fou dangereux" et de "sadique". Le corps de la victime avait été découvert le dimanche 22 janvier 2017 en milieu de journée sur une plage de Knokke, sous une terrasse de la digue. Il est ensuite apparu que Sofie Muylle avait été tuée de manière violente durant la nuit, alors qu'elle était de sortie pour une soirée avec son compagnon.

Sofie Muylle était âgée d'à peine six ans lorsque sa mère est décédée, après trois années de maladie. "Ce furent les trois années les plus difficiles de ma vie", a indiqué devant la cour le père de la jeune femme, Daniël Muylle. Ce décès a grandement marqué Sofie. "Nous formions une famille aimante. Quand sa maman a disparu, beaucoup de choses ont disparu avec elle." La mort de l'un des frères de la victime fut un nouveau coup dur. "La moitié de mon existence se trouve à présent au cimetière", a déclaré M. Muylle. "Ma compagne, mon fils, ma fille, mes beaux-parents. Si je m'y arrête cinq minutes, j'y vois toute ma vie."

"Sa maman lui manquait", ont également témoigné deux amies de la mère de Sofie Muylle. "Elle me demandait souvent si elle ressemblait à sa mère, parce qu'elle-même ne l'avait pas vraiment connue", a ajouté Brigitte Volon. "Sofie a cherché toute sa vie cette chaleur (maternelle), qu'elle n'a jamais trouvée", a complété Olga Vanoverschelde.

Le père de la victime s'est également dit très choqué de la manière dont sa fille est décédée. "J'ai dû voir les images pour le croire. C'est terrible, ces images restent gravées dans ma mémoire. J'ai une photo de Sofie dans mon portefeuille et, chaque jour, je la regarde. C'est comme ça que je survis, Sofie est toujours avec moi."

Le président de la cour d'assises, Willem De Pauw, a également abordé la personnalité de la victime, ses relations et ses soucis avec la drogue. En 2014, Sofie Muylle avait séjourné six mois dans une institution psychiatrique d'Eeklo pour soigner un trouble psychiatrique et sa dépendance à la drogue. "Elle voulait mettre de l'ordre dans sa vie, affronter ses problèmes et aussi faire ses preuves auprès de sa famille", a raconté à la cour le psychiatre Peter De Wolf. La jeune femme prenait du speed pour se calmer. "Lorsque des amphétamines ont un effet apaisant, cela indique souvent un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité chez la personne", a expliqué le médecin.

"Je sais que ma sœur a perdu un soutien primordial dans sa vie. Elle a cherché de l'aide auprès de personnes aussi perdues qu'elle, ce qui n'était pas une bonne combinaison", a pour sa part déclaré le frère de Sofie Muylle. À cette époque, un administrateur judiciaire avait en outre été nommé pour gérer les finances de la jeune femme. "Elle donnait énormément à ses amis mais recevait peu en retour", a poursuivi Stan Muylle. "J'ai eu des problèmes avec plusieurs de ses petits amis, qui profitaient largement d'elle." Quant au trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) que les psychiatres ont diagnostiqué à Sofie Muylle, "c'était un moulin à paroles, elle était super occupée. Aujourd'hui, on est directement étiqueté TDAH, après on constate que c'est un cas de personnalité borderline. Mais pour moi, c'est simplement ma sœur", a répliqué le jeune homme.

À la fin de son témoignage, Stan Muylle a remercié les participants au procès pour leur contribution, à l'exception de l'accusé. "Nous avons longtemps cherché des réponses. En suivant toutes les audiences attentivement, c'est devenu très clair pour moi : tous les éléments pointent en direction d'un seul homme." Les images de sa sœur agonisant sur la plage l'ont particulièrement marqué. "Mon sang bouillonnait. Mon cœur et mon âme ont été arrachés. C'est devenu noir devant mes yeux. J'étais hors de moi, j'étais brisé", a-t-il déclaré, ajoutant qu'aucune chance n'avait été laissée à sa sœur. "C'est un fou dangereux qui a toutes les caractéristiques d'un psychopathe. Un sadique. Mon père et moi avons écopé de plus que la perpétuité. Je dois maintenant dire à mes enfants que ce genre de tarés rôdent, qu'ils brisent les autres et en retirent du plaisir."

Après Daniël et Stan Muylle, la cour a ensuite entendu plusieurs colocataires de l'accusé de 27 ans, Alexandru Caliniuc.

Adrian Miler a grandi dans le même village que l'accusé, en Roumanie, puis a vécu avec ce dernier dans un appartement à Knokke. "Je n'ai pas passé beaucoup de temps avec lui. J'allais travailler et ne sortais pas en soirée avec lui. Je le voyais seulement à l'église." Le témoin a toutefois décrit Alexandru Caliniuc comme un bon garçon. "Cette affaire m'a stupéfié, je ne le pensais pas capable d'une telle chose." La procureure générale Céline D'havé a interpellé le témoin sur le fait qu'il aurait vu des images vidéo montrant la victime, mourante, et qui ont été prises par Alexandru Caliniuc. "Son gsm était là et j'ai décroché quand son frère a appelé", a-t-il confirmé. "Après, j'ai un peu scrollé. Je me rends compte maintenant que ces images étaient liées aux faits." Le témoin s'est ensuite défendu de ne pas avoir mentionné cette vidéo lorsque la police l'a interrogé. "Je ne savais pas que je devais en parler, on ne m'a pas non plus posé de question à ce sujet. Je ne savais pas non plus s'il (Alexandru Caliniuc) était sur les images. Tout ce que j'ai vu, c'est cette fille mourante et la mer."

Un autre colocataire de l'accusé, qui comme lui appartient à une communauté de chrétiens évangéliques, a pour sa part refusé de prêter serment pour des raisons religieuses. "Nous croyons en la Bible et agissons selon ses enseignements, pour faire le bien, pas le mal", a déclaré Ioan Muraru devant les jurés. "Je n'aurais jamais pensé qu'il puisse faire quelque chose de mal. Je savais seulement qu'il fumait." Depuis les faits, Ioan Muraru a rendu visite à son ancien colocataire une douzaine de fois en prison. "La première fois, il a nié les faits mais, petit-à-petit, il a commencé à raconter qu'il l'avait violée, mais pas tuée."

Juste après avoir filmé Sofie Muylle agonisante sur la plage, l'accusé a reçu un appel d'une amie. "Alexandru m'a dit qu'il était en train de se balader sur la plage. J'aurais peut-être dû lui poser plus de questions mais j'étais pressée parce que je devais aller à l'église", a déclaré Adelina Iacob, qui n'a rien remarqué de suspect chez son ami lors de cet appel.

Enfin, le commissaire Geert De Jonghe a présenté à l'audience l'enquête de moralité effectuée au sujet de l'accusé. Il a fait référence à plusieurs sanctions disciplinaires qui ont visé Alexandru Caliniuc, en détention préventive. Fin mars, il a été surpris en train de se livrer à des pratiques sexuelles avec un codétenu. Après cet incident, le jeune homme avait demandé à partager la même cellule que ce partenaire, condamné à 30 ans de réclusion en 2012 pour meurtre, ce qui lui a été accordé. "Mais ils ont été séparés le 24 avril parce qu'ils avaient des relations sexuelles dans les toilettes."