Faits divers

Le Service Général de Renseignement et de Sécurité (SGRS) ne disposait pas d'informations qui auraient pu permettre d'éviter les attentats de Paris ou de Bruxelles, a affirmé mercredi le lieutenant-général Eddy Testelmans devant la commission d'enquête sur les événements du 22 mars. 

"Sur la base des informations dont je dispose pour le 13 novembre et le 22 mars, nous n'étions pas en possession d'informations qui auraient pu empêcher les faits qui se sont produits", a déclaré le patron du service de renseignement militaire.

Le lieutenant-général n'a pas voulu en dire plus. Le comité R mène pour le moment une enquête sur les informations dont disposaient les différents services de renseignement en lien avec les attentats.

Comment se fait-il que les protagonistes des attentats de Paris et de Bruxelles soient passés entre les mailles du filet? Le militaire dit ne pas avoir d'"explication mathématique". "Est-ce la complexité du phénomène? C'est sans doute un facteur. Par manque de capacité? Peut-être", s'est-il contenté d'expliquer, en suscitant l'insatisfaction de certains parlementaires.

Le SGRS suit 20 djihadistes en Syrie et en Irak et également 4 militaires qui sont partis dans cette région. Une impression générale d'insatisfaction à l'égard des sources dont dispose le service à propos de Daesh se dégageait de l'audition. Il est très difficile de suivre l'organisation terroriste, une structure "complexe et adaptative". Les djihadistes ne deviennent pas facilement des sources des services de renseignement comme peuvent l'être des personnes évoluant dans des milieux criminels. Ils ne sont pas aussi sensibles aux motivations "idéologiques ou financières". Et quand une source est trouvée, il faut entre 6 mois et trois ans avant qu'elle ne soit considérée comme fiable.

Le patron du renseignement militaire dit avoir averti à temps le gouvernement et les autres services en charge du terrorisme de l'évolution de Daesh et des risques que couraient les Etats européens. "On a tiré la sonnette d'alarme", a-t-il dit.

Quelques recommandations ont été adressées à la commission. M. Testelmans souhaite ainsi que la Belgique joue un rôle de pionnière dans l'interdiction des services de messagerie auxquels les services de renseignement n'ont pas accès, comme Viber, Telegram et Whatsapp. Il n'est par contre pas favorable à une fusion des services de renseignement civil (Sûreté de l'Etat) et militaire. Selon lui, la coopération se passe bien et s'est intensifiée sous la pression de la menace terroriste.

La commission d'enquête souhaite ne pas se limiter aux services de renseignement belges. Le président Patrick Dewael va adresser une demande d'information via l'ambassade ou l'officier de liaison aux services britanniques après la parution d'un article dans le "Daily Mail". Quelques mois avant les attentats de Paris, une opération sous couverture du MI5 a mené à l'arrestation de Britanniques qui se sont radicalisés, avant qu'il n'y soit mis un terme. Quelques mois plus tard, trois hommes ont été libérés faute de preuves et ont eu un contact avec Mohamed Abrini, l'un des auteurs soupçonnés des attentats de Bruxelles. Si l'opération sous couverture s'était poursuivie plus longtemps, ces hommes ne se seraient pas méfiés et auraient peut-être pu mener à la cellule terroriste qui a perpétré les attentats du 13 novembre 2015.