"Comment expliquez-vous qu'on vous ait choisi vous pour une mission d'importance capitale pour l'Etat islamique", demande le président Jean-Louis Périès à l'accusé qui, depuis le début de son interrogatoire, se décrit comme un petit poisson égaré chez Daech.

Les cadres de l'Etat islamique avaient "compris que je n'était pas capable de dire non. J'étais quelqu'un de serviable", répond Adel Haddidi, par la voix de son interprète.

"Enfin, s'emporte M. Périès, être serviable et être capable de commettre un attentat, ce n'est pas tout à fait la même chose". "Je ne sais pas pourquoi ils m'ont choisi, peut-être parce que je n'étais pas connu en Europe", dit, tête baissée, l'Algérien de 34 ans qui s'exprime en arabe et parfois en français.

"Je leur ai dit que j'acceptais, mais en moi-même je n'étais pas pour", dit-il. "En Syrie, on ne pose pas de questions. C'est interdit. Je l'ai compris dès le début. C'est les consignes".

Selon les enquêteurs, Adel Haddidi aurait dû participer aux attaques à Paris et Saint-Denis. Arrivé en Syrie, via la Turquie, en février 2015 - pour "faire de l'humanitaire" soutient l'accusé -, il reconnait avoir effectué un entrainement militaire "mais seulement une semaine" et admet avoir rencontré à Raqqa Oussama Atar, l'un des responsables de la branche renseignement du groupe Etat islamique et considéré comme le commanditaire et ordonnateur des attentats du 13-Novembre.

Aux côtés du Pakistanais Muhammad Usman (également sur le banc des accusés et qui sera interrogé mardi) et des deux Irakiens kamikazes du Stade de France, Adel Haddidi a quitté Raqqa, le fief de l'Etat islamique, le 1er octobre 2015. Les quatre hommes ont pour mission de rejoindre l'Europe, via "la route des migrants" pour y commettre des attaques.

Munis de "vrais-faux" passeports syriens, Haddidi et Usman seront interpellés en Grèce et brièvement emprisonnés. Les deux Irakiens en revanche réussiront à passer à travers les mailles du filet. Libérés de leur prison grecque fin octobre Haddidi et Usman reprendront leur route mais seront de nouveau arrêtés en décembre 2015, un mois après les attentats, dans un foyer de migrants en Autriche.

"J'attendais le bon moment"

En reprenant la route vers l'objectif qui vous avait été fixé "on peut considérer que vous poursuivez la mission" de l'Etat islamique, fait remarquer M. Périès.

"J'étais coincé. Pendant un mois, j'ai été enfermé (en Grèce) dans une cave, avec un plafond de 1m20 de hauteur. (Les autorités grecques) m'avaient dit que si je restais (en Grèce) j'allais retourner" en prison, se justifie l'accusé en chemise grise, les cheveux coupés ras et de grosses lunettes de vue lui mangeant le visage.

L'accusé soutient qu'en fait il voulait aller en Autriche. "J'ai jamais pensé continuer jusqu'en France", dit-il. "Un Algérien qui vivait en Autriche m'a dit que c'était un beau pays".

- "Vous aviez donc l'intention d'aller en Autriche ?", veut se faire confirmer le président.

- "Oui c'est ça!"

- "Ça n'apparaît jamais dans le dossier, mais bon", soupire M. Périès.

Le président insiste malgré tout. "Avez-vous parlé du but de votre voyage avec Usman ?", demande-t-il. "Non jamais", répond l'accusé. "Je me suis dit : je vais aller en Europe et après je vais me retirer de tout ça". "J'attendais le bon moment pour me sortir de ça... Je cherchais d'autres solutions mais je n'en ai pas trouvé", répète l'accusé.

"Vous auriez pu vous enfuir, même sans papiers... Certains migrants y arrivent très bien tout seuls", ironise le président.