"Vous reconnaissez l'ensemble des faits ? ", lui demande le président en début d'après-midi. "Oui, l'ensemble", répond Ayoub El Khazzani, 31 ans, chemise bleue ouverte sur un t-shirt blanc, cheveux noirs attachés en petit chignon.

Deux heures plus tard, il change d'avis. "C'était pas pour massacrer, c'était pour les soldats américains", dit-il, provoquant l'exaspération du président. "Je vous ai posé trois fois la question", souligne le magistrat, demandant à nouveau à El Khazzani, qui insiste pour s'exprimer dans un français hésitant, de ne pas se priver de l'interprète pour que ses explications soient "plus fluides".

Pendant la matinée, le président est longuement revenu sur la journée du 21 août 2015 et la préparation de cet attentat, piloté par le coordinateur des attaques du 13 novembre de la même année à Paris, Abdelhamid Abaaoud, avec qui El Khazzani était arrivé en Europe depuis la Turquie.

A bord d'un train Thalys Amsterdam-Paris, El Khazzani était sorti des toilettes, torse nu avec la kalachnikov, après avoir écouté un chant djihadiste sur son téléphone et vérifié sa caméra pour diffuser une vidéo de l'attaque comme le lui avait demandé Abaaoud, rappelle le président. Il avait tiré au pistolet sur un passager qui lui avait arraché sa kalachnikov, le blessant gravement, avant d'être maîtrisé par d'autres, dont deux militaires Américains en vacances.

Aux enquêteurs, il avait expliqué que ses cibles désignées étaient les Américains uniquement, assurant qu'il savait qu'ils étaient militaires malgré leur tenue de vacanciers. "Je suis désolé pour les victimes", "je suis hanté", a assuré lundi El Khazzani.