Les quatorze policiers de la police fédérale des chemins de fer dont treize sont jugés depuis hier par le tribunal correctionnel de Bruxelles pour avoir maltraité des SDF à la Gare du Midi, ont tous été dénoncés, en interne, par des collègues corrects. Exactement : par six collègues corrects.

Nous en avons retrouvé plusieurs.

Ils souhaitent encore aujourd’hui garder l’anonymat. Mais ils déballent.

Leur hiérarchie a voulu étouffer le scandale. Ils ont subi des pressions, été menacés et insultés. Plusieurs officiers étaient parfaitement au courant. L’un d’eux ayant laissé faire les maltraitances, est toujours en place à la police des chemins de fer.

Il y a eu, entre collègues flics, des actes de représailles, des pneus crevés et des griffes aux voitures.

Les six qui avaient voulu dénoncer le scandale, ont tous été déplacés. Officiellement mutés "pour leur propre sécurité", ils se sont retrouvés dans des services de bureau, ce qui a eu pour conséquence pécuniaire pendant plusieurs mois de perdre le bénéfice des primes (plusieurs centaines d’euros) liées aux prestations de nuit et de week-end.

"Il était impensable que je continue de travailler avec des collègues qui humiliaient des pauvres gens. À l’époque, SPC Centre (NdlR : la police fédérale des chemins de fer à Bruxelles) comptait une cinquantaine de policiers. Sur les cinquante, le parquet en soupçonne quatorze et cela a duré de nombreux mois. Des chefs savaient, c’est évident, mais ceux qui savaient se taisaient. C’était clair que la volonté était d’étouffer. Nous sommes donc allés à six au parquet de Bruxelles et nous avons parlé à la substitute qui avait en charge les dossiers de violences policières, Jacqueline Devreux."

Ces policiers confient hier qu’ils ont subi pendant plusieurs mois du harcèlement, sans pouvoir répondre ni se défendre.

Circulaient sur leurs comptes toutes sortes de rumeurs. "À la police, disent-ils, nous étions considérés comme des balances et traités comme tel. Nous étions les mauvais."

"C’est quand il y a eu des pneus crevés qu’on a tous commencé à avoir sérieusement peur", témoigne l’un d’eux. "J’ai modifié mes habitudes. Je me méfiais de tout le monde. Je ne sortais plus sans regarder derrière moi. J’ai changé mes numéros de GSM. J’étais flic et j’avais peur de mes collègues flics."

Tous par contre saluent l’enquête menée par l’Inspection générale de la police (les Bœufs Carottes). "Les collègues connaissent la musique. Enquêter sur eux n’était pas évident."

Et tous nous disaient hier qu’alors que la vérité apparaît sur ce qui se passait à la police des chemins de fer, "j’ai très peu de réactions positives"; "Je compte sur les doigts de la main les rares collègues qui approuvent et sont venus dire que nous avons eu raison de dénoncer ce qui se passait dans cette police et d’y avoir mis fin."

Nous ajouterons que lorsque nous révélons l’affaire bien plus tard en juin 2009, des articles durs paraissent le lendemain pour démentir nos infos, ultime tentative d’une collègue d’étouffer le scandale.

On voit le résultat aujourd’hui, devant le tribunal correctionnel.

Gilbert Dupont