Faits divers Pour ses avocats, le suspect de la tuerie appelait pour récupérer une dette.

Qu’ont bien pu se dire au téléphone Mehdi Nemmouche, accusé du quadruple assassinat terroriste au musée juif le 24 mai 2014 et Nacer Bendrer, le truand marseillais accusé de lui avoir fourni les armes ?

Les deux hommes se sont connus en 2010 en prison, où ils ont pris part aux activités d’un même pôle prosélyte islamiste. Nacer Bendrer, 30 ans, a un long passé de délinquant. Cela s’est ressenti lors de son interrogatoire : il en dit le moins possible.

Les deux hommes ne se verront plus avant 2014. Appelé par Nemmouche, Bendrer est venu à Bruxelles le 10 avril 2014 et loge chez lui à Molenbeek. Nemmouche le verra entre le 24 et le 29 avril à Marseille. Est-ce là qu’il aurait obtenu des armes ?

Bendrer le nie . Mais il reconnaît que Nemmouche lui a bien demandé une "kalach". Et il s’est montré insistant. Il a multiplié les appels entre le 10 et le 24 avril. "Il appelait souvent pour me demander si c’était bon ou pas", a dit Nacer Bendrer. Il pensait que c’était pour des stupéfiants. Mais, dit-il, il n’était pas intéressé : "Je m’en foutais royalement. Je me suis dit : il va se lasser. C’est comme quand une fille vous appelle sans cesse. Si vous ne la rappelez pas, à la fin, elle a compris."

C’est une explication qui ne convainc pas le ministère public. L’avocat général Yves Moreau a fait valoir que ces échanges téléphoniques étaient trop longs - on parle parfois de près de 10 minutes - pour des conversations où Bendrer aurait simplement délivré le message : "Je n’ai pas la kalach".

Nacer Bendrer ne peut être plus précis. Il dit ne pas se souvenir de la teneur exacte de conversations vieilles de près de cinq ans. Tout au plus peut-il dire qu’il "discutait de tout et de rien".

De son côté, Nemmouche est resté muet. Mais un de ses avocats, Me Sébastien Courtoy, a répondu à sa place. Pour Me Courtoy, Nacer Bendrer ment quand il dit qu’il lui a demandé des armes. Il ne voit qu’une explication : il a conclu un accord avec l’accusation pour charger Nemmouche.

Et l’avocat a livré une explication inédite sur les conversations téléphoniques. À son retour de Syrie, fauché, Nemmouche contacte trois connaissances : un trafiquant de voitures, un receleur de voitures et Nacer Bendrer. Et, selon Me Courtoy, si Nemmouche s’est montré si insistant, appelant sans cesse Bendrer, c’était pour lui réclamer 6 000 euros pour des cartes grises volées qu’il lui avait données et que Bendrer rechignait à payer.