L'information est confirmée par les syndicats et la direction, mais les raisons sont encore inconnues.

Ce mardi, un drame s’est joué dans le centre de tri Bruxelles X de Neder-Over-Heembeek. Un homme a mis fin à ses jours sur son lieu de travail, une information confirmée par plusieurs syndicats.

Thomas, 45 ans, était en fait facteur et se trouvait à Bruxelles X pour un rendez-vous avec les services sociaux de Bpost. Après un entretien, il s’est jeté du toit du bâtiment, dans un geste désespéré. “Je peux confirmer l’information, mais je n’ai pas beaucoup de détails sur ce qu’il s’est passé, confie Marc De Mulder, président du SLFP-Poste. Je vais laisser Bpost communiquer à ce sujet. Il y a un suivi psychologique pour les collègues de la personne décédée et je compte sur Bpost pour faire le maximum pour les accompagner.”

Très vite, certains employés et Bpost ont réagit de manière anonyme pour dénoncer certains problèmes au sein de l’entreprise. “Il se serait suicidé à cause de conditions de travail infernales. La direction essayerait d’étouffer l’affaire”, indique une première personne qui revient aussi sur les conditions de travail au centre de tri de Neder-Over-Heembeek. “Le centre de tri est un réel four où il faut porter des colis entre 5 et 25 kg pendant 8 heures non-stop. La fontaine à eau fonctionnerait une fois sur trois, sans compter la climatisation qui n’est pas toujours activée pour faire des économies. Plusieurs malaises ont été descellés ces derniers mois, avec parfois l’intervention d’une ambulance. Les conditions de travail sont abominables.

Des propos qui sont difficiles à vérifier dans les faits, mais qui ne sont pas les seuls à nous être parvenu. Rappelons aussi que la victime ne travaillait pas au centre de tri de Neder, mais y était de passage ce mardi. “Il est évident que Bpost n’approuvera jamais des propos allant à leur encontre, lance un autre témoin. Ceci étant dit, sachez qu’on travaille comme des esclaves, je suis moi-même en CDI à Bruxelles X et les conditions de travail sont déplorables que ce soit au niveau de la température en été ou de la charge de travail. Bpost travaille avec beaucoup d’intérimaires pour qui ils n’ont aucune considération. On nous invite à parler de nos problèmes à nos chefs, mais ceux-ci sont à la botte de la direction et rien ne change. Les grèves de l’an dernier n’ont rien changé et étaient inutiles.

Des discours qui alimentent les rumeurs selon lesquelles la victime était à bout au niveau professionnel.

Marc De Mulder préfère tout de même rester prudent. “J’ai entendu les mêmes rumeurs que vous, mais je ne saurais pas les confirmer. Il y a eu plusieurs grèves fin 2018 qui portaient effectivement sur les conditions de travail, mais nous avons finalement signé la Convention Collective de Travail, rappelle-t-il. Bpost promet des mesures pour limiter la surcharge de travail. Est-ce que c’est assez ? Est-ce qu’elles sont effectives partout ? Il faudra y répondre mais c’est encore trop tôt pour le dire, et pour savoir si ce drame est seulement lié aux conditions de travail.

Stéphane Daussaint, responsable général pour la CSC-Transcom, a aussi appris la mauvaise nouvelle. “C’est toujours des affaires sensibles pour lesquelles je préfère ne pas trop en dire pour le respect de la famille et de l’enquête, assure-t-il. Au niveau des conditions de travail, cela reste très vague actuellement. Certains centres sont plus sensibles que d’autres et Bruxelles X est un centre de tri où la charge de travail est grande.

Il revient aussi sur les discussions avec la direction au niveau de la CCT. “Il y a encore des négociations pour améliorer les choses car on est en pleine migration dans le métier. Il faut que chacun s’y adapte et ce n’est pas toujours facile. Des efforts ont été faits du côté de la direction, mais certains endroits restent plus sensibles que d’autres.

La direction de Bpost a réagi via sa porte-parole, Barbara Van Speybroeck. “Nous sommes profondément sous le choc. Il faut savoir que ce monsieur travaillait depuis de nombreuses années pour Bpost, comme certains membres de sa famille. Il était suivi de plusieurs manières par différents services et nous le connaissions très bien”, explique-t-elle.

Thomas était facteur depuis une quinzaine d’années et ses problèmes étaient donc connus de la direction. Impossible pour l’heure de dire s’ils relevaient exclusivement du travail ou encore de sa vie privée. La famille et les collègues de la victime sont désormais suivis par une cellule psychologique. “Notre but est de protéger et de soutenir une famille dont nous sommes proches. Bpost est un employeur responsable pour ses 27.000 employés et nous rejetons toute accusation sur les conditions de travail. Nous n’en dirons pas plus car il faut maintenant respecter tous les proches de la victime.

Le parquet de Bruxelles est descendu sur place et a pu établir qu’il s’agissait bien d’un suicide grâce aux images des caméras de surveillance.


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