Le dernier cri sur le marché de la lingerie au Brésil permet aux hommes de localiser leur compagne grâce à un GPS caché dans une guêpière sexy


BRASILIA Une nouveauté que les féministes taxent de retour au "vieux modèle" de dépendance de la femme.

La crise financière internationale ne semble pas effrayer Lucia Iorio, designer et propriétaire de la marque de lingerie, car la somme à débourser pour cet ensemble guêpière, string et porte-jarretelles, proposé avec un collier en strass, est assez coquette.

"Le prix varie de 800 dollars pour un modèle avec GPS (géo-positionnement par satellite) simple à plus de 1.100 dollars pour un GPS plus complet", explique à l'AFP Mme Iorio.

Le GPS, discret, est placé dans une petite poche de la guêpière en partie transparente.

Lucia Iorio assure que le produit n'est pas destiné aux "machos" ou aux maris jaloux voulant suivre à la trace leur compagne. Le public visé est la femme moderne et indépendante, connectée au monde de la technologie, selon elle.
"Cette collection s'appelle +Trouve-moi si tu peux!+. C'est un clin d'oeil aux femmes et un défi pour les hommes car, même si la femme fournit le mot de passe de son GPS, elle est libre de le débrancher. Elle ne sera localisée que si elle le souhaite", explique encore la conceptrice.

"Il ne s'agit pas d'une ceinture de chasteté moderne. Certains hommes pensent qu'ils pourront surveiller leur femme mais ils se trompent", enchaîne Mme Iorio.
Le produit permet par exemple à un partenaire "de lui faire la surprise d'une rencontre", ajoute la créatrice en insistant sur le fait que seules les femmes, et non les hommes, peuvent acheter cette nouvelle lingerie.

Une lingerie qui, "au nom du prétendu charme de la nouveauté technologique, perpétue les vieux schémas des relations entre les sexes", affirme à l'AFP Ana Liési Thurler, sociologue à l'Université de Brasilia.

"Même si c'est une plaisanterie, elle est de mauvais goût", juge Benedita da Silva, eecrétaire aux Droits de l'Homme de l'Etat de Rio de Janeiro. "Une fois de plus, on utilise le corps de la femme en tant qu'objet. Cela fait passer l'idée que nous sommes toujours disponibles".

"C'est absurde! Sous un prétexte romantique, on exalte la domination de l'homme
sur la femme", déplore aussi Carla Furchi, de l'ONG féministe Sofi dont le siège est à Sao Paulo.

Lucia Iorio est propriétaire depuis quatorze ans d'une boutique de lingerie, dans une petite ville du Minas Gerais (sud-est), un Etat plutôt conservateur. Mais son affaire marche bien: elle emploie une cinquantaine de personnes et vend dans tout le Brésil 25.000 pièces de lingerie par mois.

"Trouve-moi si tu peux!" a été en 2008 la collection phare de la marque qui lance de nouveaux modèles tous les mois.

Combien d'ensembles dotés de GPS ont été vendus ? La designer admet que seules quelques unités ont, jusqu'à présent, trouvé preneurs. Mais "certaines femmes s'y intéressent maintenant comme moyen de protection" dans un pays réputé pour sa violence, ajoute Mme Iorio.

En 2007, un bustier exhalant du parfum et un autre, plus luxueux, orné de paillettes d'or et de plumes de paon, ont été lancés avec succès.

© La Dernière Heure 2008