Faits divers Du début à la fin, l’affaire de l’entrepôt de Ruisbroek reste incompréhensible.

La cour d’appel de Bruxelles a condamné, vendredi, Ertal M., Bilal F. et Ahmed F. à des peines respectives de 5, 4 et 3 ans de prison, pour moitié avec sursis, pour avoir trempé dans un dossier où 10 tonnes (!) de résine de cannabis ont été saisies dans un entrepôt de Ruisbroek (Brabant flamand), en novembre 2009.

Une prise tellement gigantesque qu’il est assez rare de voir des peines aussi légères. Et pourtant, le premier juge avait été encore plus clément, avec des peines allant de 30 mois à trois ans…

Depuis le début, cette affaire a semblé boiteuse. Le 19 mai, différents services de police reçoivent un appel d’un homme connu pour rameuter régulièrement les forces de l’ordre. L’homme annonce que des camions contenant des tonnes de stupéfiants sont garés dans un entrepot du 151 b, rue de Grand-Bigard, à Ruisbroek. Une patrouille de la police locale se rend sur place le jour même, voit des camions mais… ne fait rien de plus.

L’auteur du signalement rappelle, insiste. Dès lors une observation est mise en place le 20 mai, à 6 h 15. À 9 h, la police pénètre dans les lieux et trouve… 10 tonnes de cannabis dans un camion. L’enquête a montré que la veille, d’autres camions avaient quitté les lieux, pour un chargement estimé à… 15 tonnes de résine de cannabis qui ont pu disparaître dans la nature !

Après des années d’enquête, six personnes ont été condamnées. Trois d’entre elles ont fait appel. Ertal M., défendu par Me Nathalie Gallant, est celui qui a fourni l’entrepot permettant de stocker les tonnes de cannabis, son rôle est considéré comme "central". Ahmed F. a pour sa part fait des repérages à l’entrepot, confié son GSM à un trafiquant, son rôle est estimé "non négligeable". Bilal F. est enfin le chauffeur du camion, au "rôle central". Leurs peines de prison ont toutes été assorties de sursis pour la moitié, eu égard au dépassement du délai raisonnable, attribué par la cour au parquet général, mais aussi à la cour elle-même qui a dû remettre l’affaire à deux reprises.

Le ministère public avait requis des peines allant jusqu’à huit ans. En décembre dernier, une autre chambre de la cour d’appel avait condamné des trafiquants à des peines de huit ans de prison maximum pour une saisie pourtant dix fois inférieure d’une tonne de résine de cannabis.