Faits divers "C’était ridicule, se retrouver au tribunal avec des cambrioleurs et des trafiquants de cocaïne."

"Le juge, le procureur, mon avocat et les gens assis dans la salle avaient des fous rires. Moi, ça ne me faisait pas rire, de devoir être là pour cette histoire ridicule de poisson."

La DH a retrouvé l’Uccloise dont le jugement fait se tordre de rire la Belgique entière. Employée sans histoire aux titres-services, elle ne souhaite pas voir son nom dans le journal. Cela l’amuse, que l’affaire fasse les gorges chaudes à la veille d’élections aux enjeux si importants.

Ça l’amuse et la surprend. Son avocat ne lui avait pas fait lire le jugement complet. Si elle savait qu’elle s’en tirait à bon compte, elle ignorait que le juge s’était lâché en le rédigeant en comparant sa dispute à celles d’Ordralfabetix dans le village d’Astérix.

En fait, le juge Coumans s’agaçait d’avoir à juger des affaires de si peu d’importance, des "vétilles". Il n’hésitait pas non plus à comparer la situation des francophones à Drogenbos (Brabant flamand) à celle des irréductibles Gaulois acculés dans l’empire romain.

Les faits ont eu lieu le 21 février 2017 aux caisses de l’hypermarché Carrefour de Drogenbos où notre Uccloise achetait le poisson emballé dans une barquette sous film plastisque. Si elle arrivait à la caisse expresse avec 20 articles, elle ne cherchait pas, dit-elle, à resquiller. Elle calcule qu’avec son mari qui l’accompagnait, chacun avait en fin de compte moins de 10 articles à scanner.

Lire aussi : elle assène des coups à l'aide d'un... poisson sorti de son caddie: le jugement le plus drolatique de la justice belge !

Mais une cliente lui a fait la remarque. Tout est parti de là et du fait que la caisse expresse était tenue par la fille de cette cliente, qui a pris le parti de sa mère.

L’Uccloise affirme avoir d’abord été poussée "à la hanche". N’acceptant pas le geste, elle admettait hier avoir réagi en "lui flanquant dans la figure ce que j’avais en main, cette barquette de daurade que je déposais sur le plateau. Elle a reçu le poisson sur la joue droite. J’ai frappé assez fort ; après elle s’est calmée."

La sécurité du Carrefour puis la police sont intervenues. "Je comptais préparer la daurade au four et la servir accompagnée de pommes de terre dorées. Finalement, on a dû s’en passer. Le paquet était tombé à terre."

Elle n’imaginait pas, après plus de deux ans, que l’affaire arriverait au tribunal correctionnel. Dans son jugement, Jean Coumans s’étonne que la police ait même entendu un témoin. "Tout le monde était plié de rire. J’ai 48 ans. Je n’avais jamais mis les pieds de ma vie dans un palais de justice. Mon affaire est passée l’avant-dernière, après des procès de cambrioleurs et de trafiquants de cocaïne. Me retrouver avec des gens comme ça, non, ça ne m’a pas fait rire."

L’Uccloise achète désormais son poisson ailleurs. Elle n’a jamais revu la dame qui a reçu sa daurade dans la figure.

Elle précise n’avoir pas frappé avec la barquette, mais bien directement avec le poisson. La joue de la victime n’a pas saigné. Elle n’a pas dû indemniser. Enfin, elle confesse, hier, "avoir retenu la leçon".

Quant au jugement, c’est peu dire qu’on ne parle que de lui, au palais. Il y a ceux, nombreux, qui applaudissent. Et les autres, qui se demandent pourquoi il semble pointer sans aucune raison apparente que les faits se sont déroulés dans un "village principalement francophone situé en territoire flamand".

Des magistrats tant francophones que néerlandophones sont décontenancés. "D’une part, une teinte communautaire est donnée à l’incident. De l’autre, l’affaire est complètement ridiculisée, un peu comme si l’on envoyait le signal qu’on peut faire usage de la violence."