Faits divers

La publicité de Bicky Burger mettant en scène un homme en train d’asséner un coup de poing à une femme sous prétexte qu’elle lui aurait servi un faux burger fait réagir ça et là.

Melissa Valluzzi de la friterie Le Soleno à Bon-Secours (Péruwelz)

"Je pense que c’est surtout dans le but de faire le buzz. Une telle publicité dans les années soixante aurait sans doute moins choqué, dit-elle. A l’heure actuelle, avec toutes les campagnes de sensibilisation concernant la violence faite aux femmes, cette publicité a encore moins lieu d’être et je le répète, c’est juste pour faire le buzz. En tant que femme, j’ai été choquée en la voyant la première fois. Après, en tant qu’adulte, on sait faire la part des choses. Par contre, vis-à-vis des enfants, je trouve ça déplacé. C’est comme si on leur mettait en tête qu’on tolère la violence faite aux femmes."

Melissa utilise certains produits de cette gamme, mais pas tous. "Je ne suis pas bicky dealer, où là il faut utiliser en exclusivité tous leurs produits. Moi, je me fournis un peu partout."

Elle est sceptique quant au fait que les clients vont boycotter les produits de la marque incriminée à travers cette publicité. "En ce qui me concerne, je vais continuer à utiliser leurs produits, tout simplement parce que j’ai des clients qui sont fans du goût. Je verrai d’ici quelques mois mais je ne pense pas que la consommation de leurs produits et le chiffre d’affaires de la friterie vont chuter à cause de cette publicité."

Daisy Houbaille de la friterie Ké'Frites à Heer-Agimont (Hastière)

"C'est la première fois que je visionne cette publicité et ma première réaction a été de me dire que c'est assez choquant alors que j'ai un tempérament assez fort et que je ne me laisse pas faire. Je ne suis pas dans ce cas mais je me mets à la place des femmes victimes de violences conjugales. Cette publicité ne doit pas les faire beaucoup rire. Cela veut dire que quand quelqu'un fait une erreur, cela mérite une baffe. Pour moi, c'est clairement une incitation à la violence. A nos enfants, on essaye justement de leur dire de ne pas régler les problèmes de cette manière... Dans la conjoncture actuelle avec les violences faites aux femmes et les soucis de harcèlements, je ne comprends même pas comment une telle pub à pu sortir. Il y aurait dû y avoir davantage de contrôle. C'est un peu trop gros surtout d'un produit qui est très connu. »

Christelle Terwagne de Robert la Frite à Charleroi

"En tant que femme, ça me choque : je ne comprends pas la brutalité de la publicité, le message est : il y a des vrais et des faux Bicky, ok. Mais pourquoi une femme devrait encore une fois se faire frapper? Ou qui que ça soit déjà, c'est pas comme s'il n'y avait pas assez de possibilités pour faire passer le message", nous confie la patronne du "monument" carolo. "A travers toute l'histoire les hommes ont tapé sur les femmes, les femmes ont tapé sur les hommes, les hommes ont tapé sur les hommes, les hommes et les femmes ont tapé sur les enfants... pas la peine d'en rajouter dans une pub Bicky, c'est bon là." 

Par contre, en tant que commerçante, ça ne l'empêchera pas de vendre des Bicky. Enfin, ses Bicky. "Je ne sais pas si j'ai des vrais ou des faux, du coup. Parce que j'ai la viande de Beckers, j'ai le pain Bicky, mais j'utilise un mélange des trois sauces... vu la quantité que j'en vends, faire les trois sauces séparées ça prend trop de temps. Et pour le cornichon, on demande au client parce qu'il y en a qui n'aiment pas. On fonctionne comme ça depuis des années, et c'est les burgers qui marchent le mieux ici. Par contre, je n'ai pas acheté le pack, avec pain-viande-sauces-carton. J'ai pas envie qu'on vienne me demander : alors, ils sont vrais ou faux vos Bicky? Parce que c'est ce que les gens vont venir dire."

Au P'tit Robert, où on a croisé Christelle Terwagne, on se dit surtout que la coup de pub a fonctionné: "tout le monde a vu et entendu parler de Bicky... Je ne comprends même pas comment ils en sont arrivés à faire une pub pareille. Oui, quand on voit le dessin, on a l'oeil attiré, parce que c'est choc. Mais c'est trop choc. Peut-être qu'ils ont voulu faire une pub à la Charlie Hebdo, pour choquer. Et ça me choque. Ca choque beaucoup de gens, on n'a pas le droit de jouer sur la violence envers les femmes. C'est juste n'importe quoi."