C’est l’information principale, qui bouleverse les Pays-Bas depuis mardi soir. Pieter R. de Vries, un journaliste d’investigation très connu chez nos voisins, a été victime d’une tentative d’assassinat, dans le centre-ville d’Amsterdam. Cinq coups de feu tirés à bout portant, en pleine rue, alors qu’il sortait d’un studio de télévision où il venait de participer à un talk-show en tant qu’invité. Tout le pays est sous le choc.

Peter R. de Vries, c’est à la fois une star du paysage médiatique et un modèle d’engagement journalistique en faveur des victimes et de la justice. Ancien policier, il s’est fait connaître du grand public en se spécialisant dans les affaires criminelles pour le quotidien populaire De Telegraaf. Son premier fait d’armes : avoir percé le cercle de confiance entre les ravisseurs de l’homme d’affaires néerlandais Freddy Heineken. L’affaire avait fait la une des journaux dans les années 80.

En 1987, il signe L’Enlèvement d’Alfred Heineken, un ouvrage qui relate l’enlèvement du président du conseil d’administration du géant brassicole et qu’il écrit sur bases d’entretiens avec les deux ravisseurs. L’un d’entre eux sera abattu. Sept ans plus tard, il retrouve le troisième ravisseur au Paraguay, lequel sera extradé vers les Pays-Bas en 2002.

Le journaliste se tourne ensuite vers la télévision, où il anime sa propre émission sur les affaires criminelles, intitulée Peter R. de Vries, Crime Reporter. Son travail conduit notamment à la libération, en 2002, de deux beaux-frères qui avaient été condamnés - à tort - pour le viol et le meurtre d’une hôtesse de l’air à Putten, au centre des Pays-Bas. La police finira par arrêter un nouveau suspect, en 2008. Il sera condamné à quinze ans de prison.

Peter R. de Vries montre un penchant particulier pour les affaires non résolues, les "cold cases", dont notamment le meurtre de Nicky Verstappen, un garçon de 11 ans qui avait disparu d’un camp de jeunesse en 1998 et avait été agressé sexuellement avant d’être tué. Il fait figure de porte-parole de la famille de la victime lorsqu’en 2018, l’affaire connaît de nouveaux rebondissements, conduisant à la condamnation d’un suspect.

La renommée du journaliste prend une dimension internationale lorsqu’il remporte un Emmy Award, en 2008, pour son reportage sur la disparition de l’Américaine Natalee Holloway sur l’île caribéenne d’Aruba. Mais c’est la couverture d’une grosse affaire de trafic international de drogue qui le place sur une liste d’hommes à abattre. En 2019, il annonçait dans un tweet que sa vie était menacée.

Depuis l’année dernière, le journaliste fait en effet figure de conseiller et de confident du principal témoin à charge dans l’affaire contre Ridouan Taghi. Avant son arrestation, en 2019 à Dubaï, celui-ci était qualifié de "criminel le plus recherché des Pays-Bas", à la tête d’un réseau comparé à une machine à tuer bien huilée. L’organisation a manifestement mis ses menaces à exécution. L‘attaque a suscité de nombreuses réactions de journalistes et de personnalités politiques. "Peter R. de Vries est un héros national pour nous tous, un journaliste courageux comme il y en a peu, inlassablement en quête de justice, complètement indépendant et avec un esprit libre", a dit de lui la maire d’Amsterdam, Femke Halsema, quelques heures après l’attaque mardi.

Deux suspects ont été arrêtés mercredi dans le cadre de l’enquête. À l’heure d’écrire ces lignes, le journaliste de 64 ans est toujours entre la vie et la mort.

"Demain chez nous", avertit Bart De Wever

Les réglements de compte violents dans le milieu de la drogue, ça n’arrive pas qu’au Mexique ou en Colombie. "Ce qui se passe aux Pays-Bas aujourd’hui se passera ici demain", a d’ailleurs tweeté le président de la N-VA et bourgmestre d’Anvers Bart De Wever. . Deuxième port d’Europe, et 17e au niveau mondial, le port d’Anvers est aussi l’une des principales portes d’entrée pour la cocaïne, en Europe depuis quelques années. Des organisations criminelles internationales s’y sont implantées, avec leur lot d’exactions violentes: attaques à la grenade, fusillades... Bart De Wever, lui-même, a récemment fait l’objet d’une protection policière dans ce cadre.

En Belgique, le parquet fédéral prend la situation très au sérieux. Au printemps dernier, la police est parvenue à infiltrer Sky ECC, un système de téléphonie cryptée utilisé par les mafias de la drogue.