Etonnant! D'un côté, la police mène la chasse pour faire respecter les règles de confinement. De l'autre, elle poursuit la formation des futurs policiers. Les écoles pourraient néanmoins fermer cet après-midi.

Les messages graves et officiels se succèdent depuis plusieurs jours. Il est désormais vital de respecter les mesures de confinement pour endiguer la pandémie mondiale du Covid-19. La police est chargée de faire respecter la loi et ne s'en prive pas, à juste titre.

Mais, et c'est étonnant, cette même police, dans le même temps, poursuit les formations qu'elle distille aux candidats policiers. C'est le cas, ce lundi matin, à l'académie de police de Namur, nous confirme son directeur, Raymond Drisket. "Quelque 300 aspirants inspecteurs et chargés de cours (des policiers de terrain qui viennent former les futures recrues, NdlR) sont présents, effectivement."

Le responsable de l'académie ne commente pas le paradoxe, mais insiste sur le fait que tout ce monde, qui représente 10 classes, n'est pas réuni dans une seule et même pièce. Sa réflexion est en cours. "Je suis en train de récolter des informations, d'écouter le ressenti des uns et des autres, de croiser le nombre d'effectifs présents parmi les aspirants et les moniteurs. Cela me permettra de proposer, dans la journée, une solution à mon autorité." Traduction: poursuivre les formations, les suspendre, ou trouver un compromis. Raymond Drisket précise qu'à Namur, seule la formation théorique des futurs policiers, est concernée. "Les cours de maîtrise de la violence, qui imposent un contact physique, sont annulés." Et à propos des formations données aux policiers eux-mêmes, telles que "les formations fonctionnelles et les formations continues, elle sont suspendues sine die."

Situation identique à Bruxelles, où l'école régionale de police accueillait toujours des élèves ce matin. Entre 28 et 35 aspirants policiers par classe, sans aucun respect des mesures de sécurité. Pour le président du SLFP Vincent Gilles, la situation devrait évoluer dans la journée. "Très probablement, les cours seront suspendus dans le courant de la journée. La directrice du personnel avait pris la décision de maintenir les cours théoriques car elle considérait qu'il fallait maintenir le flux de formation face au manque de personnel actuel et futur. Chaque mois, cent policiers partent en pension. Si l'on repousse les formations de deux mois, cela fait 200 policiers en moins...", explique Vincent Gilles.

Vendredi, tous les directeurs d'école abondaient dans son sens. "Vendredi, je comprenais la décision", poursuit le président du SLPF. "Aujourd'hui, nous constatons qu'une partie de la population n'a pas l'air de bien comprendre le problème. C'est pour cela que nous avons pris contact avec la direction pour leur demander d'arrêter les formations."

La formation des futurs policiers est un enjeu important, évidemment. De là à comprendre que cet enjeu soit supérieur à la santé de quelque 300 personnes, de leurs familles et de toute personne qui entre en contact avec elles... Il y a un aspect de cette décision que d'aucuns de comprennent pas, dans les rangs policiers, la qualifiant "d'incompréhensible" et "d'irresponsable"

Dans le collimateur de certains policiers: Pieter De Crem, ministre CD&V de l'Intérieur, suspecté de mettre la pression sur l'autorité policière pour poursuivre les formations, malgré le coronavirus. Il préconiserait, selon eux, de démultiplier les classes pour qu'elles soient moins peuplées et les élèves plus espacés, ainsi qu'un renforcement de l'hygiène. C'est le cas à Jurbise, où des policiers formateurs dénoncent, en substance: "Dédoubler les classes supposerait plus de chargés de cours et plus de locaux, ce qu'on n'a pas! Et nous n'avons reçu aucun produit désinfectant pour nettoyer le matériel."