Corruption, travail en noir: séisme à la FGTB!

Michaël Kaibeck Publié le - Mis à jour le

Faits divers De hauts fonctionnaires de la Communauté française ont reçu de l'argent pour accorder des marchés

BRUXELLES Avec le dossier Setca qui a vu l'inculpation de sept personnes, dont Albert Faust, pour divers chefs d'inculpation tels qu'association de malfaiteurs, blanchiment d'argent, fraude fiscale ou encore faux et usage de faux, on pensait avoir tout vu dans le domaine des malversations liées à l'opacité financière des syndicats.

Aujourd'hui, c'est une nouvelle bombe qui éclate et c'est encore une fois la régionale de Bruxelles qui est éclaboussée. Mais cette fois, ce n'est plus le syndicat des employés, des techniciens et des cadres qui est concerné, c'est la régionale de la FGTB.

Souvenez-vous, le 16 octobre dernier, un communiqué de la FGTB fédérale annonçait la mise à l'écart de la présidente de la régionale, la très médiatique et passionnée Anne-Marie Appelmans. Selon les instances nationales, qui ont fait mener un audit sur les comptes, plusieurs anomalies ont été constatées pour les années 1999, 2000 et 2001.

Et autant dire que la commission financière (Cofi) de la FGTB n'en est pas revenue de l'analyse de la comptabilité. Enfin de comptabilité, il n'était, semble-t-il, pas question. Selon la FGTB, elle n'était pas véritablement tenue, voire n'existait pas.

Comme dans le dossier Faust, des pièces manquent, des justificatifs de paiement ne portent pas de noms ou d'adresses de fournisseur, des factures ne sont pas enregistrées et, dans 90% des cas, les justificatifs de paiement ne sont pas signés. Autant d'éléments qui ne répondent pas à ce que l'on pourrait décemment attendre d'une comptabilité gérée sainement.

Mais ce n'est pas tout et le plus scabreux reste à venir. La Cofi a ainsi observé des flux financiers qualifiés de suspects au profit d'une coopérative de construction. La société Move & Fix est une société coopérative à responsabilité limitée qui a été fondée en 1993.

Un dossier accablant

Anne-Marie Appelmans est la gestionnaire de cette société. Mais elle n'est pas seule. Son administrateur-délégué n'est autre que Rudi Nerinckx. Ce dernier est l'ancien responsable du service chômage de la FGTB de Bruxelles. Il avait été licencié après un premier rapport d'audit. Mais Appelmans est parvenue à le faire réengager via une des asbl de la FGTB Bruxelles.

Des asbl dont les flux financiers sont pour le moins suspects. Elles reçoivent des deniers publics sous la forme de subventions. Des deniers qui se seraient apparemment retrouvés dans Move&Fix. Un véritable imbriglio dans lequel la justice, sur une dénonciation de la FGTB fédérale, viendra mettre son nez.

De nombreuses perquisitions ont été menées et ont débouché sur la mise au jour d'indices et de preuves confirmant les suspicions. Premièrement, Move&Fix employait, semble-t-il, des gens qui émargeaient au chômage et qui étaient payés au noir. Deuxièmement, il y aurait eu entente, au moyen de commissions, entre divers entrepreneurs, dont Move&Fix. Enfin, et c'est sans doute le plus grave de tout, Move&Fix a arrosé des hauts fonctionnaires de la Communauté française pour obtenir des marchés de rénovation de bâtiments publics. Ceux-ci recevaient 10% sur chaque contrat que Move&Fix obtenait.

Jusque très tard la nuit dernière, le juge d'instruction financier Michel Claise a entendu six fonctionnaires dont trois, en aveux, ont été inculpé de corruption. Au moment de boucler cette édition, le sort d'un entrepreneur concurrent de Move&Fix, lui aussi en aveu, ainsi que celui d'Anne-Marie Appelmans et de Rudi Nerickx n'était pas encore scellé. Cela dit, on voit mal comment ils échapperaient à une lourde inculpation voire un mandat d'arrêt.

Coupable victime

Lors de son licenciement, Anne-Marie Appelmans avait crié au complot et se disait innocente de tout

BRUXELLES Anne-Marie Appelmans est l'exemple type de la pasionaria syndicale. Engagée, passionnée, entière dans tous les combats qu'elle a menés au profit des travailleurs. Ses discours enflammés aux tribunes des congrès, manifestations, grèves auxquelles elle a participé faisaient penser à celui de la Française Arlette Laguiller. Sur fond de lutte des classes face à un grand capital présumé pourri, elle vociférait et tempêtait à tous crins.

Lorsque la FGTB l'a licenciée, Anne-Marie Appelmans avait organisé une conférence de presse mélodramatique et larmoyante à souhait. A l'époque, elle s'était présentée comme «une victime» de la bureaucratie syndicale. Elle avait employé les mêmes arguments qu'Albert Faust avant elle, et n'avait pas hésité à utiliser une arme émotionnelle qu'elle pensait redoutable en exhibant sa fille: Caroline Faust. Une jeune adolescente sans doute dépassée par ce qui arrive à ses parents.

Devant les caméras, Appelmans passait allègrement de la colère aux larmes. Des larmes qui avaient, il faut bien l'avouer, tous les accents de la sincérité. Mais aujourd'hui, cette réaction est remise en perspective. Bien loin de la sincérité de façade, qui peut encore croire à ce qui semble être du cinéma pur et simple?



1,2 million d'adhérents

BRUXELLES La FGTB, comme tous les syndicats, est une association de fait. De ce fait, elle n'est soumise à aucune réglementation comptable. Elle instaure ses propres règles, ses organes de contrôle et applique ses sanctions. Elle est régie par les sacro-saints statuts. De là à expliquer les dérives bruxelloises du syndicat, il y a un pas que nous ne franchirons pas mais qui donne tout de même à réfléchir.

D'autant que les sommes d'argent brassées sont à la hauteur de la taille de ce syndicat. En effet, la FGTB en Belgique représente quelque 1,2 million d'adhérents. Parmi eux, toutes les couches sociales sont représentées, du chômeur au cadre, en passant par l'ouvrier, le technicien, l'employé, sans oublier le secteur public. Une énorme machine de lutte sociale qui engrange chaque mois les cotisations de ses affiliés.

Des cotisations dont le montant varie selon le statut de l'adhérent. Les chômeurs et les pensionnés paient les cotisations les moins chères, aux alentours des six ou sept euros de moyenne. Ces cotisations vont crescendo pour atteindre, à titre indicatif, des sommes allant jusque 12,5 euros (pour un enseignant temps plein) et un peu plus encore pour les cadres.

A tout cet argent s'ajoute la gestion de la caisse chômage qui représente également une part non négligeable de la masse financière gérée par le syndicat.

Une bonne idée pourtant...

BRUXELLES La société Move&Fix est une société coopérative à responsabilité limitée. Jusque-là rien d'exceptionnel, mais là où Move&Fix est original, c'est dans le but qu'elle entendait poursuivre. En effet, c'est une entreprise dite d'économie sociale. A ce titre, Move&Fix devait fournir du travail, dans le domaine de la construction et sur des chantiers professionnels, à des personnes moins qualifiées. Une excellente et louable idée. Dommage qu'elle ait dérivé vers ces malversations en jetant ainsi l'opprobre sur d'autres asbl qui, elles aussi, ont des desseins sociaux et sont, en tout cas pour le moment tout à fait respectables.

C'est le cas d'Habiter Bruxelles destinées à aider les affiliés endettés à trouver un logement décent ou encore de la Fondation Travail et Santé qui aide au reclassement des travailleurs malades ou handicapés. Anne-Marie Appelmans et Rudi Nerinckx se seraient servis de ces deux asbl comme de sociétés écrans en confondant leurs patrimoines avec celui de Move&Fix. Ainsi, des employés travaillaient pour plusieurs entités et les flux financiers entre les entités étaient pour le moins douteux. On estime à un peu plus d'un million et demi d'euros les subsides publics qui auraient ainsi terminé leur course dans les caisses de la société de construction. Un vrai scandale.




Une grande lessive financière en cours

BRUXELLES Depuis son accession à la présidence de la FGTB en lieu et place de Michel Nollet au mois de mai 2002, Mia De Vits a entamé ce qui a toutes les apparences d'une grande lessive au sein de son organisation. Le dossier Appelmans qui a éclaté au mois d'octobre avec un dépôt de plainte quasiment simultané n'est jamais que le deuxième scandale financier que connaît le syndicat socialiste depuis que sa présidence a changé.

Tout a en fait commencé par ce qui allait rapidement devenir l'affaire Faust. La bombe éclate au début de l'été de l'année dernière. Albert Faust, le secrétaire général de la section Bruxelles-Hal-Vilvorde du Setca, est licencié manu militari pour faute grave. L'homme qui a été de tous les combats syndicaux bruxellois de ces 25 dernières années, une vraie bête noire pour les patrons, un dinosaure syndical, est viré comme un malfrat. Son comptable, Marc-André Verbeure, et son directeur administratif, Edouard Mommens, suivent le même chemin.

C'est le Setca fédéral, sous la houlette de son président Christian Roland, qui exerce la tutelle pour remettre la régionale financièrement à flot et y faire le ménage de cette manière. Et apparemment, il était temps. Au moment de ce triple licenciement, la régionale présentait une dette historique envers le fédéral qui ne se résorbait pas, mais aussi des créances vis-à-vis de l'ONSS et des lois sociales qui mettaient gravement en péril l'avenir de la régionale.

Ne se contentant pas de cela, le Setca fédéral a déposé une plainte au pénal pour détournement. En effet, la tenue de la comptabilité était sujette à de multiples réserves. Bon nombre de sorties de caisse étaient effectuées sans le moindre justificatif. Des sorties qui auraient servi à des dépenses sujettes à caution. Des achats de bouteilles de vin pour des dîners fictifs, des frais de représentation un peu trop importants et le plus étrange, c'est que ces sorties étaient effectuées à la veille des vacances ou des week-ends. Il s'en est suivi un déballage malsain d'accusations allant aussi bien dans un sens que dans l'autre et une bataille juridique qui risque de durer quelques années.

Aujourd'hui, ce sont pas moins de sept personnes qui sont inculpées dans ce dossier volumineux dans lequel les enquêteurs de la brigade financière n'en finissent pas d'en découvrir des vertes et des pas mûres.





© La Dernière Heure 2003

Michaël Kaibeck

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