Ce projet aurait des conséquences négatives sur les jeunes issus de l’immigration.

Des agents de police marocains accompagneront des membres de la police locale dans certains quartiers de Bruxelles et d’Anvers l’année prochaine. C’est ce qu’avait annoncé en octobre dernier le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA). "L’objectif, c’est vraiment qu’ils (NDLR : les policiers marocains) accompagnent les agents locaux en rue. Ils pourraient ainsi, par exemple, circuler avec les services chargés de récolter des informations sur les personnes radicalisées", avait notamment expliqué Olivier Van Raemdonck, le porte-parole du ministre. Lequel évoque encore un échange de bonnes pratiques permettant aux policiers de deux pays de découvrir les techniques et le savoir-faire de chacun. Ces fonctionnaires marocains ne seront cependant pas autorisés à intervenir sur le sol belge.

La future présence de ces policiers marocains dans les rues de quartiers accueillant une population en grande partie d’origine maghrébine a déjà été critiquée à plusieurs reprises, certains la considérant comme insultante.

Mais selon Corinne Torrekens, qui est docteure en sciences sociales et politiques à l’ULB, spécialisée dans les questions liées à l’islam, cette arrivée peut avoir in fine des conséquences plus importantes : elle peut tout simplement contribuer indirectement au processus de radicalisation.

"Les jeunes qui partent souffrent en général d’un problème identitaire. Quand ils sont en Belgique, on leur renvoie parfois l’idée qu’ils sont Marocains, et quand ils sont au Maroc, on leur dit qu’ils sont Belges. L’arrivée de policiers marocains peut jouer un rôle dans cette altérisation, ce processus où on leur fait comprendre qu’on ne les considère pas comme des Belges, mais plutôt comme des Marocains", déplore Corinne Torrekens. "Vous n’êtes pas Belges car on fait venir des policiers de votre pays d’origine dans votre quartier. Cela peut accentuer le processus de radicalisation !", insiste la chercheuse.

"On trouvait que c’était intéressant, mais c’est un projet porté par les polices locales", a réagi, lundi, le cabinet de Jan Jambon, qui avait pourtant annoncé le projet à l’époque à la presse.