Faits divers

Pour avoir ravagé des cultures transgéniques, des militants écologistes sont poursuivis par la firme Monsanto

NAMUR Le 7 mai 2000, près de 200 militants écologistes avaient dévasté les cultures expérimentales d'OGM que la société Monsanto menait dans sa ferme de Franc-Warêt. Treize de ces manifestants ont comparu hier en correctionnelle. La firme américaine Monsanto leur réclame un dédommagement de 83.000 €.

Les prévenus reconnaissent tous plus ou moins leur participation mais leurs aveux sont parfois teintés d'ironie. «Oui, on a piétiné quelques petites plantes...» reconnaissent certains sous les rires et les applaudissements de la salle. Ils décrivent une promenade campagnarde qu'ils ont vécue comme une fête militante. D'autres revendiquent plus clairement cette action et s'en font un honneur.

Ils la présentent comme une réplique à l'illégalité des activités de Monsanto qui «assassine les paysans et empoisonne les consommateurs». «On a détruit des expériences, pas des cultures», dit ce Français multirécidiviste de l'action anti-OGM et qui, ce jour-là, était venu tout exprès de Lozère pour participer à cette seeds-party. «J'ai adopté une conduite expressive pour manifester une opinion que j'estime fondée», a expliqué cette autre manifestante, encore chargée de cours à l'ULB où elle enseigne la philosophie des sciences.

D'autres disent aussi qu'il faut parfois passer les limites de la légalité pour attirer l'attention sur un danger grave et qu'il n'est pas illégitime d'entrer sur le terrain d'une société qui veut s'approprier la planète.

Deux scientifiques sont venus apporter leur témoignage en soutien aux 13 manifestants.

Jacques Van Helden, ingénieur en agronomie, spécialisé en génétique, professeur à l'ULB, a expliqué que le chercheur, poussé à toujours trouver plus et plus vite, n'a plus le temps de vérifier ce qu'il découvre. Il ne condamne pas les OGM a priori, à condition qu'on puisse contrôler la réaction du système génétique.

Il fait remarquer qu'a priori, les farines animales elles aussi étaient sans risques.

Pour Paul Lannoye, parlementaire européen écolo, Monsanto est un acteur négatif de l'environnement qui trompe le monde politique et manipule les opinions publiques et qui a déjà plusieurs catastrophes écologiques à son palmarès.

L'affaire reviendra devant le tribunal le 6 octobre.

© La Dernière Heure 2003