Les proches des victimes de neuf ex-membres de groupes d’extrême gauche condamnés pour terrorisme en Italie et mis en liberté sous contrôle judiciaire jeudi en France, où ils étaient réfugiés depuis les années 80, ont affirmé craindre leur fuite à l’étranger.

"Les ex-terroristes arrêtés en France déjà libres", titrait vendredi le premier quotidien italien, Il Corriere della Sera, qui a donné la parole aux proches des victimes des "années de plomb".

Deux anciens militants de l’extrême gauche italienne, condamnés pour terrorisme en Italie, se sont rendus jeudi à la justice en France, où sept autres Italiens ont été arrêtés mercredi, après le feu vert historique de Paris au lancement de leurs procédures d’extradition.

Tous ont été relâchés sous contrôle judiciaire, avec "interdiction de quitter" la France, a annoncé le parquet de Paris.

Pour Adriano Sabbadin -fils de Lino Sabbadin, assassiné en 1979 par le groupuscule Prolétaires armés pour le communisme car il avait tué un voleur entré dans son magasin- "il faut faire attention, Battisti a disparu précisément quand il devait être extradé et il a été repris seulement des années plus tard au Brésil".

Condamné à la perpétuité en 2004 en Italie pour quatre assassinats, Cesare Battisti, réfugié en France pendant près de 15 ans, auteur de polars et soutenu par la romancière Fred Vargas, s’était réfugié au Brésil à l’approche de son extradition. Arrêté en 2019 en Bolivie, il avait enfin été extradé vers Italie, où il a été condamné à la perpétuité.

"Nous sommes fatigués de discuter avec ceux qui ne comprennent pas que notre vie à été gâchée à l’époque, nous voulons maintenant seulement la justice", ajoute Adriano Sabbadin, à l’intention de ceux qui appellent à une amnistie.

Ambra Minervini - fille du juge Girolamo Minervini, tué en 1980 par les Brigades rouges- ne cache pas sa colère contre la décision de la justice française. "En Italie nous avons enfermé nos personnes âgées à cause du Covid, en les laissant mourir seules sans la possibilité de voir leurs proches et maintenant nous devons nous inquiéter parce que de vieux terroristes devront emporter des couches-culottes en prison ?"

Interrogé par La Repubblica, Giovani Bachelet - qui avait 25 ans quand son père fut assassiné à la faculté de sciences politiques de l’Université Sapienza à Rome - n’a aucun doute : "Tant de personnes ont payé pour les actions odieuses de ces années-là, ceux qui ont pris la fuite doivent faire la même chose, répondre de leurs actes".

Aujourd’hui âgé de 66 ans comme certaines des personnes arrêtées à Paris, il dénonce une partie de sa génération "guidée par des mauvais maîtres qui a cru que la lutte armée était une façon de rendre la justice".

Maurizio Campagna avait pour sa part 18 ans lorsque son frère policier a été assassiné à Milan en 1979, "une exécution, le cadeau de Battisti et des siens".

"Maintenant on va recommencer avec le baratin, nous n’avons rien fait, c’était une guerre… mais ces gens ont tué 500 personnes, des serviteurs de l’Etat ou des citoyens libres qui de par la décision de quelques esprits malades devaient mourir. C’est tard après 40 ans ? Oui, mais pas pour eux. C’est tard pour les personnes comme moi qui ont attendu d’avoir justice depuis 40 ans", a-t-il déclaré à La Repubblica.