Faits divers Il quitte le cabinet d'Emir Kir et celui d'un échevin schaerbeekois après avoir avoué avoir joué dans un film X gay

BRUXELLES Il n'a pas fallu plus de 24 heures avant que la cabale n'ait raison du PS Michel Duponcelle. Figure gay de Bruxelles et du pays, rédacteur en chef du magazine Tels Quels et premier marié homosexuel de Belgique (le 4 janvier 2000), Michel Duponcelle a remis, lundi, sa lettre de démission de ses fonctions de chef de cabinet du secrétaire d'Etat bruxellois Emir Kir et a été mis à l'écart, hier, de son poste de chef de cabinet de l'échevin de l'Instruction publique à Schaerbeek.

A l'origine de ce départ précipité, un tract diffusé dans les milieux autorisés. L'Association des parents de l'enseignement schaerbeekois, totalement inconnue dans le sérail de l'éducation, y dénonce, en des termes crus, l'homosexualité de Michel Duponcelle. Et en profite pour lancer un appel à l'aide. «Nos enfants sont en danger», crie le document qui reproche au «vrai chef de nos écoles» d'avoir été «acteur porno dans un film homosexuel avec des (jeunes) garçons». Au verso du texte, copie d'un article rédigé par Michel Duponcelle dans sa revue Tels Quels. Il y fait la critique (condescendante) d'un film, Cours privés, réalisé par Jean-Daniel Cadinot, une sommité du cinéma X gay, qui aime flirter avec les limites. Pour preuve, les titres de ses plus grands succès: Les Minets sauvages, Gamins de Paris...

Lundi, donc, Michel Duponcelle, rattrapé par ces confidences, décide de démissionner pour ne pas éclabousser son secrétaire d'Etat. Le collège schaerbeekois, lui, a abordé le sujet le lendemain, hier mardi. «Par souci de sérénité, nous avons préféré le mettre à l'écart, explique l'échevin de l'Instruction Mohamed Lahlali. Je précise que nous n'avons pas reçu la moindre plainte émanant d'un parent ou d'un enfant.»

L'intéressé qui ne nie pas avoir écrit des articles sur la corde et figuré dans un film de Cadinot, «un ami», parle d'une «machination». «Si j'ai décidé de démissionner, c'est parce qu'en politique, c'est comme ça, explique-t-il. Mon honorabilité est entachée et il me sera plus aisé, étant à l'écart, de répondre à mes détracteurs.»

M. Duponcelle regrette qu'on ait utilisé des éléments avérés pour «recréer un message hallucinant» destiné à faire peur aux parents des écoliers schaerbeekois. «Pourtant, ma fonction de chef de cabinet ne m'a jamais amené à avoir des contacts avec des enfants», précise celui-ci.

Retour sur son combat. «On dit que je fais du prosélytisme auprès des jeunes. Mais je ne fais qu'aider les jeunes homosexuels à être bien dans leur peau tout en luttant contre les tendances suicidaires qu'ils pourraient avoir.» En faisant de la figuration dans le film de Cadinot, «c'est un risque que j'ai pris. Mais c'était pour moi une manière de soutenir Cadinot dans son combat».

Charles Picqué, ministre-président bruxellois, a qualifié le dérapage de Duponcelle de «maladroit». «Dans la fonction publique, on se doit d'observer un devoir de réserve par rapport à certaines choses», conclut Picqué, qui ne condamne pas les luttes menées par l'homme pour l'émancipation des homosexuels.

© La Dernière Heure 2004