Dutroux à l'attaque
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Faits divers

Dutroux à l'attaque

M. Be., B. F. et M. Ka.

Publié le - Mis à jour le

Le pervers attaque sur tous les fronts dans ce qui s'est révélé être la première journée cruciale de ce procès

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ARLON Lorsque cette troisième journée s'est ouverte à Arlon, elle a commencé sur un incident. En effet, des photos de Dutroux sont parues dans la presse et Me Baudewijn l'a fait remarquer au président qui semblait tomber des nues (lire par ailleurs). Mais cela est anecdotique en regard de ce qui a été dit hier par les accusés.

Car la journée était tout entière consacrée à leur interrogatoire. Un interrogatoire qui a pour but de permettre au jurés de se faire une idée aussi précise que possible de la position des accusés par rapport aux faits qui leur sont reprochés. Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que ces jurés vont avoir une tâche ardue pour établir la vérité judiciaire.

Le premier à prendre la parole a été Marc Dutroux. Durant trois longues heures, il a répondu aux questions du président et présenté sa version des faits. Alors que l'on s'attendait à retrouver ce qui a été acté par le dossier d'instruction, Marc Dutroux a pris le contrepied complet et a chargé Nihoul et Martin à la mitrailleuse lourde, l'un étant le commanditaire de tous les enlèvements pour un dangereux réseau et l'autre étant la meurtrière de Bernard Weinstein.

A la pause de midi, l'assemblée était quelque peu K.-O. par des déclarations que nous avons tenu à vous faire partager de la manière la plus complète possible.

L'échange entre le président et Dutroux a été courtois. Stéphane Goux, malgré la dureté des propos tenus par l'accusé, n'a pas hésité à ponctuer certaines de ses interventions par un trait d'humour, histoire de détendre un peu une atmosphère qui devenait de plus en plus pesante au fil des minutes.

Après l'interruption, c'était au tour de Michelle Martin de prendre la parole. L'ex-épouse de Marc Dutroux, qui ne lui a jamais lancé le moindre regard durant la matinée, allant même jusqu'à devoir éponger des larmes, s'est adressée sans émotion à la cour. Elle a affiché une détermination qu'on ne lui connaissait pas, affirmant qu'elle n'avait plus peur de Dutroux. Elle l'a ainsi impliqué dans tous les enlèvements pour lesquels il est renvoyé aux assises.

Martin a surtout expliqué devant les jurés qu'elle n'ignorait rien de la séquestration des enfants mais qu'elle n'avait jamais osé intervenir, affirmant être battue et violée elle aussi par Dutroux. Durant deux heures d'interrogatoire, elle n'a pas cité le nom de Nihoul que son ex-mari s'est acharné à présenter en commanditaire.

Après ces deux prestations, c'était au tour de Lelièvre de prendre la parole. Bien plus hésitant que les deux premiers intervenants, Lelièvre n'a pas reculé devant ses responsabilités et reconnaît les faits pour lesquels il est jugés. Par contre, le plus jeune des accusés disculpe totalement Michel Nihoul.

Le Bruxellois a clôturé la journée par la plus courte des interventions. A peine vingt minutes. Sur un ton très assuré dénotant une confiance en soi assez peu commune, il a dit ce qu'il répète à l'envi depuis son implication dans le dossier, à savoir qu'il n'a rien à voir avec les enlèvements d'enfants.

Un aplomb ahurissant

ARLON «Voulez-vous une interruption de séance?» Il est 10 h 40. Dutroux répond aux questions du président de la cour depuis une heure et demie. «Moi, c'est comme vous voulez, enchaîne l'accusé sans hésitation. Je veux bien qu'on continue. Il n'y a aucun problème. Je l'ai dit, je suis à votre disposition.»

Le ton est calme, posé, décidé. L'accent carolo est prononcé.

Stéphane Goux pose la même question aux membres du jury. Et là, on n'hésite pas non plus, mais dans l'autre sens. C'est oui. Manifestement, ces 12 personnes en ont assez entendu, elles ont besoin de souffler.

Dans la salle d'écoute, où se sont retrouvés essentiellement des journalistes, les regards se croisent souvent. Et lors de l'interruption de séance, les commentaires fusent. «Je suis un vieux routier des cours d'assises, nous confie un journaliste français. Mais ça, je n'ai encore jamais vu.» Comme tout le monde, notre homme reste abasourdi, tétanisé par les commentaires de Dutroux sur la cache de Marcinelle, la séquestration d'An et Eefje...

Manifestement, Dutroux a bien dormi. Lui qui piquait un roupillon lors de la première audience s'est réveillé, et s'exprime comme il le ferait dans une conversation de salon. Parfois, il ne laisse pas au président, qu'il appelle tout simplement «monsieur», le temps d'aller au bout de ses questions. Il enchaîne, il interrompt. «Dans mes dépositions, c'est bourré de mensonges. Je vais vous expliquer autre chose, qui n'apparaît pas dans le dossier.»

Et Dutroux se lance dans une avalanche de détails qu'on ne lui a même pas encore demandés. «Ce sont peut-être des détails, réplique-t-il. Mais ces détails sont importants.»

Son aplomb est ahurissant. Au détour de ses phrases, on perçoit parfois un petit rictus... Aucune émotion. «Inouï, ahurissant, inquiétant», entend-on dans les allées. On savait que l'interrogatoire de Dutroux serait un des éléments clés de ce procès. On a été servi.




© La Dernière Heure 2004

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