Faits divers

Francis, l’ancien coiffeur de la prison de Nivelles, explique la dégaine du détenu le plus célèbre de Belgique

BRUXELLES “Ce n’est pas le choix de Dutroux d’appa- raître ainsi avec une longue barbe grise et des cheveux gras à la manière d’un vieux taliban. S’il s’est présenté lundi dans une tenue pareille, c’est que plus personne ne veut le coiffer à la prison de Nivelles.”

Francis V. exploite le salon Francis Barber Shop, à Nivelles. À côté de cette activité, il a travaillé pendant huit ans comme coiffeur à la prison de la ville ainsi qu’à celle d’Ittre. Il a donc pu côtoyer Dutroux qui a séjourné à Ittre après sa condamnation en 2004 et se trouve désormais à Nivelles.

“Le lundi, c’est mon jour de congé. J’en profitais pour me rendre dans les prisons, explique Francis. J’avais accepté ce travail par la curiosité de découvrir un autre monde, pas par idéalisme. J’ai eu l’occasion de coiffer plusieurs détenus dangereux parmi lesquels Dutroux, qui est la star incontestable des établissements pénitentiaires.”

La coiffeur a traité Dutroux comme les autres clients. “Je ne devais pas faire preuve d’une créativité particulière. Il avait une préférence pour que je coupe ses cheveux courts avec une raie sur le côté. La Coupe Dutroux en quelque sorte. Un peu à l’ancienne comme à l’époque de sa jeunesse. Il préférait aussi une barbe courte et soignée”.

Francis coiffait Dutroux dans sa cellule parce qu’il ne pouvait avoir aucun con- tact avec les autres détenus. “Il était toujours calme et ne faisait preuve d’aucune agressivité. Par contre, il se plaignait beaucoup de son sort et de ses conditions de détention. Il en tenait pour responsable le système belge qu’il qualifie d’inhumain. Il me demandait si je ne pouvais pas l’aider à trouver un autre avocat ou un journaliste qui répercuterait ses plaintes dans le monde entier. On ne peut pas dire que c’est un homme agréable.”

Francis a coiffé Dutroux à cinq reprises. La dernière fois, c’était l’an dernier. Après, il a arrêté pour pouvoir profiter de sa journée de congé. Visiblement, l’administration ne lui a pas trouvé de succes- seur. “Qui voudrait faire un tel travail ?”, questionne Francis. “Je suis persuadé que si Dutroux est apparu les cheveux longs lundi, ce n’est pas par choix mais par pure misère. Plus personne ne veut encore le coif- fer. Et lui confier des ciseaux et un rasoir, c’est bien entendu hors de question.”

© La Dernière Heure 2013