Faits divers Le juge Coumans fait fort avec cette cliente qui sort une daurade de son chariot pour en frapper une autre.

Il y a dix jours, un juge correctionnel bruxellois connu pour son indépendance, son esprit et son humour a rendu un jugement dans une affaire se déroulant à Drogenbos, où une Uccloise de 48 ans avait porté des coups à l’aide d’un… poisson sorti de son caddie à une cliente resquilleuse qui se présentait à la caisse expresse avec vingt articles au lieu de dix. La scène provoqua un échange entre les deux femmes, à vrai dire, sans grande gravité. On sent le juge Jean Coumans excédé d’avoir à traiter ce genre de dossiers qui encombrent alors que tant d’autres attendent et que la justice accumule du retard. Bref, voici le jugement le plus drolatique de la justice belge. Il est signé Jean Coumans.

"En 50 avant Jésus-Christ , toute la Gaule est occupée par les Romains. Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore à l’envahisseur. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Venant comme un rolling gag dans les Aventures d’Astérix, une scène de dispute entre le poissonnier du village Ordralfabetix, qui prétend que son poisson est frais, et d’autres, qui le taquinent sur le sujet tels que Cetautomatix le forgeron ou encore Agecanonix le doyen du village. Nous sommes aujourd’hui en l’an de (dis) grâce 2019 et rien n’a changé.

"La force publique d’un village (Drogenbos) majoritairement francophone en territoire flamand intervient dans une poissonnerie pour une cliente qui resquille en tentant de faire passer vingt articles à la caisse expresse. La prévenue prend alors un poisson dans son caddie et en frappe la cliente d’un coup de daurade à la volée. Son avocat expose à ce propos que, dès lors qu’il s’agit d’un poisson plat, celui-ci ne peut causer une incapacité de travail, le coup de poisson plat pouvant être assimilé à une gifle donnée du plat de la main.

"Merci à [la prévenue] qui, par cette action qui lui a valu une comparution devant son praetor (juge) , a offert un si énorme fou rire. Ce fou rire inextinguible s’est emparé de toute la salle et même de M. le procureur du Roi (Pierre Geerinckx) , habituellement plein de sérieux dans l’exercice si difficile de requérir pour de telles vétilles. Merci aux talents de comédien de son avocat (Me Benoît Tordoir) , qui a entretenu ce fou rire, au bonheur de tous, en mimant le geste accompli par son irascible cliente.

"Dire qu’il m’a fallu 17 années d’études et 32 ans de pratique judiciaire pour connaître ce moment. Décision. Pour son coup de daurade, la prévenue bénéficiera de la peine la plus légère, à laquelle le représentant du parquet ne s’est d’ailleurs pas opposé entre deux crises de rire. C’est bien la moindre des choses que le tribunal puisse lui offrir au regard du spectacle comique dont elle nous a régalé."

© D.R.

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