Faits divers

Philippe Henry est-il un ministre hors norme ? L’association Vent de Raison en est convaincue et pointe les nuisances sonores liées à l’éolien.

Actuellement, ces nuisances sont calculées par des logiciels de simulation, dans le cadre d’études d’incidences. "Le premier problème", pointe Didier Arts, ingénieur responsable de la cellule bruit de Vent de Raison, "c’est qu’on ne vérifie pratiquement jamais, après l’installation des éoliennes, si les calculs des nuisances sonores sont exacts. Il faut qu’un riverain introduise une plainte et ce n’est pas facile. Soit parce qu’on ne donne pas suite aux démarches, soit parce que le riverain ne sait pas à qui s’adresser."

Les calculs a posteriori sont donc plutôt rares. Vent de Raison en a tout de même effectué sur plusieurs parcs en Wallonie et a constaté des dépassements par rapport aux études d’incidence. "Nous avons investi dans du matériel de pointe pour effectuer des mesures les plus précises possibles", précise Didier Arts. Au-delà de la qualité du matériel utilisé, l’association voit ses mesures confirmées par une étude remise à la Région wallonne en octobre 2012.

La SPRL International Company for Acoustics (ICA) avait en effet été chargée d’établir une méthode harmonisée que les études d’incidences pourraient utiliser pour prévoir le bruit éolien. Le rapport devait ensuite proposer une norme applicable aux éoliennes.

Le bureau ICA pointe le fait que la méthode utilisée jusqu’à maintenant dans les études d’incidences n’est pas totalement fiable pour calculer le bruit éolien. Il propose un nouveau procédé qui tiendrait mieux compte des phénomènes liés à la hauteur des engins et confirme ses thèses par des mesures effectuées sur cinq sites.

Bien que ce n’était pas le but premier de l’étude, Vent de Raison a confronté les mesures du rapport d’ICA à celles calculées dans les études d’incidences. "Les mesures du rapport rejoignent les nôtres et nous observons pour les études d’incidences une sous-estimation du niveau de bruit qui peut aller jusqu’à 8 dB (A). Les simulations trompent les fonctionnaires techniques et délégués", tonne Didier Arts. "Nos parcs éoliens ne sont donc pas aux normes et le ministre Henry le sait !"

Le rapport d’ICA a en effet été remis à la Région wallonne en octobre 2012. De son côté, Vent de Raison a connu certaines difficultés à se procurer l’étude en question.

L’association a dû saisir la Commission des recours, renouvelant sa demande plusieurs fois, avant que le cabinet du ministre Henry transmette le document.

Parallèlement, la députée Florence Pary-Mille avait interpellé pour les mêmes raisons Philippe Henry, rappelant les conventions internationales existantes en matière de droit d’accès à l’information.

Le ministre Henry ne voulait-il pas que l’étude s’ébruite ? Elle jette en tout cas un sacré pavé dans la mare. Car s’il faut recalculer les nuisances sonores, c’est aussi la distance entre les éoliennes et les habitations qu’il faudra revoir. À moins d’adopter une norme qui permette de sauver les mâts…

C’est l’un des objectifs du nouveau cadre éolien, toujours à l’étude. Mais il est loin de faire l’unanimité.