Le parquet général veut que l’exorciste et 5 complices y soient jugés pour “tortures”

BRUXELLES Six ans après le décès d’une jeune femme lors d’un exorcisme, le parquet général de Bruxelles demande le renvoi de six inculpés devant la cour d’assises, dont l’exorciste, pour faits de “tortures, en l’occurrence un traitement inhumain délibéré qui provoque une douleur aiguë ou de très graves ou cruelles souffrances physiques ou menaces, en causant la mort sans intention de la donner” . Une première en Belgique.

C’est l’aboutissement de l’instruction complémentaire confiée le 14 mai 2009, par la cour d’appel de Bruxelles, au juge d’instruction Hervé Louveaux. Celle-ci est terminée. Les réquisitions écrites du parquet général, auxquelles la DH a pu avoir accès, contiennent six demandes de renvoi.

C’est un revirement à 180 degrés pour la justice bruxelloise qui avait estimé jusqu’à présent que l’affaire ne relevait que du tribunal correctionnel, avec des préventions moins lourdes que “tortures” (non-assistance à personne en danger, etc). Et une victoire pour la famille de la victime constituée partie civile et défendue par Me Jean-Paul Tieleman. Les six inculpés – dont le parquet demande qu’ils soient jugés par les assises sur base des articles 417 bis et ter – encourent jusqu’à 30 ans de réclusion.

Il s’agit de : l’exorciste présumé Abdelkrim Aznagui, 58 ans; Xavier Meert, 43 ans; Mourad Mazouj, 33 ans, mari de la victime; et trois Bruxelloises de 29, 40 et 43 ans : Hayate, Fatima et Jamila.

Selon le parquet général, l’exorcisme a duré “entre le 11 juin 2004 et le 6 août 2004” , deux mois durant lesquels la victime s’alimenta de yaourts.

Latifa Hachmi ne pouvait avoir d’enfant. Pressée par son mari, la jeune femme de 23 ans ne s’adressa pas à un médecin. Mais à La Plume, une ASBL schaerbeekoise qu’Aznagui animait.

Pour ce dernier, Latifa était possédée par le démon et la seule façon de l’éliminer était de lui faire boire de l’eau imprégnée de lectures coraniques.

Et de la faire vomir… étant entendu que les vomissements, c’est le djinn (créature surnaturelle en général invisible dans la culture islamique) qui sort.

Les séances dites de purification ont duré 56 jours. Au décès le 6 août, le légiste décèle des coups multiples au visage de Latifa et sur le cuir chevelu, des traces d’asphyxie et de strangulation sur le cou, un œdème cérébral, un œdème pulmonaire, 43 coups sur les jambes et autant sur les bras.

Latifa a visiblement cherché à se protéger en se roulant en position fœtale. La dernière roquia (séance d’exorcisme) a duré 36 heures. Latifa a eu droit à un lavage de cerveau avec baladeur collé sur les oreilles 24 heures d’affilée avec répétition en boucle des mêmes versets. Les coups ont été portés au moyen d’un bâton rituel , sans doute un manche de brosse couvert d’“inscriptions divines”.

Pour chasser le démon, il fallait le frapper en visant les endroits du corps où il se manifestait. Un autre procédé consistait à l’extirper à la main du fond du vagin ou alors par la bouche en enfonçant les doigts dans la gorge “en descendant vers le cœur”.

Quand Latifa fut plongée dans une baignoire, l’aide exorciste, Xavier Meert, un converti, devait l’empêcher de se débattre en lui liant les poignets et les genoux et en maintenant la tête dans l’eau. Latifa fut giflée par son mari. Enfin, le 6 août au matin, quand elle perdit connaissance, ce dernier a encore voulu la réanimer en poussant sur son ventre; l’équivalent de trois verres a jailli par la bouche.



© La Dernière Heure 2011