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Faits divers

Explosion à Ghislenghien: ''une petite fin du monde''

Publié le - Mis à jour le

Quinze morts et 112 blessés selon Flahaut. Le témoignage de Christel Millien,journaliste à Ath, sur place dès les premières minutes du drame

La Croix-Rouge organise une collecte de sang

L'évacuation des blessés: les photos

Un zoning dans les flammes, un zoning en ruine et des centaines de blessés: les photos

BRUXELLES Une fuite de gaz a provoqué vendredi matin de fortes explosions au zoning industriel de Ghislenghien (près d'Ath, province du Hainaut) et ses environs, détruisant l'entreprise en construction Diamant Boart et faisant de nombreuses victimes.

Un dernier bilan - encore provisoire - faisait état vers 15h00 d'au moins 10 morts et 97 blessés, selon le cabinet du ministre de la Santé publique, Rudy Demotte, mais les autorités locales parlaient vers 15h30 d'une vingtaine de morts et d'une dizaine de disparus.

Vers 8h30, des ouvriers travaillant dans les bâtiments en construction de l'entreprise Diamant Boart ont senti une forte odeur de gaz et ont alerté les pompiers qui sont arrivés rapidement sur place.

Alors qu'ils étaient en train de dresser un périmètre de sécurité vers 9h, plusieurs explosions ont secoué le secteur, entraînant des incendies. La plus forte d'entre elles a pulvérisé le bâtiment de Diamant Boart et détruit la végétation jusqu'à 300 mètres à la ronde.

Outre les pompiers et les policiers arrivés sur place, quelque 200 personnes se trouvaient sur les lieux des explosions, a indiqué le gestionnaire du zoning, Guy Demeulemeester. Parmi les personnes décédées, on recensait essentiellement des pompiers, observait le cabinet de M. Demotte.

La catastrophe trouve son origine dans une fuite sur un axe de transit qui achemine le gaz de Zeebrugge à la frontière française. La canalisation est gérée par le transporteur belge de gaz naturel Fluxys. La conduite de gaz, sous haute pression, est large d'environ 90 cm. On ignore encore l'origine même de la fuite. Certains ont évoqué une rupture à la suite d'un choc avec une machine. Mais cela n'a pas été confirmé officiellement.

Selon un communiqué de presse du transporteur de gaz, la fuite était sous contrôle vendredi en début d'après-midi. "Les mesures nécessaires pour assurer la continuité de l'approvisionnement de gaz ont été prises", a indiqué Fluxys.

Face à l'ampleur du drame, les niveaux 2 et 3 du plan catastrophe provincial et le plan fédéral d'urgence ont été activés. Le niveau 3 - le plus important - est destiné à évacuer les alentours de l'accident, tandis que les niveaux 1 et 2 concernent le plan médical et l'incendie. Les fumées qui se dégageaient des incendies ne sont touefois pas toxiques.

Les hôpitaux de la région ont été mobilisés, tout comme plusieurs établissements hospitaliers du Brabant wallon et du nord de la France.

Les grands brûlés peuvent être accueillis à Neder-over-Heembeek, à l'hôpital de Loverval, à celui de la KU Leuven, à l'hôpital du Stuyvenberg à Anvers et dans les hôpitaux universitaires de Gand et de Liège. A 14 heures, quatre patients ont été admis à l'hôpital des grands brûlés de Neder-over-Heembeek, a précisé le commandant de la composante médicale de l'armée, le colonel médecin Alain Vilet. Toute la capacité de l'hôpital a été mobilisée.

L'armée participe aux secours et s'occupe du dispatching des blessés. Le ministère de la Défense a ainsi mis cinq hélicoptères à la disposition des secours: deux 'Sea King' de la base aérienne de Coxyde, avec un troisième en phase de préparation; deux Agusta A109 en version ambulance. Six ambulances militaires ont aussi été mises en service.

Quatre hélicoptères français sont venus sur place et ont participé au transfert de 6 blessés vers l'hôpital de Lille. Au CHRU de Lille, le plan blanc Grands Brûlés a été déclenché. Des équipes de secours et d'urgence ont été dépêchées sur place pour participer à l'hôpital de campagne, a indiqué la maire de Lille, Martine Aubry.

Les équipes médicales du SAMU de Lille, des SMUR de Valenciennes, Arras, Amiens, Tourcoing, Dunkerque et Maubeuge, ainsi que deux hélicoptères de Lille et Arras ont été mis à disposition des autorités belges.

Les Pays-Bas ont aussi été sollicités. Le centre de grands brûlés de Beverwijk (nord-ouest des Pays-Bas), a ainsi reçu une demande visant à évaluer la capacité d'accueil éventuel de victimes de l'explosion de gaz.

Le drame a poussé plusieurs ministres fédéraux et régionaux ainsi que des membres du palais royal à interrompre leurs vacances. Ainsi, le roi Albert reviendra en Belgique samedi matin. Les services du palais royal ont aussi annoncé que le prince Laurent allait se rendre sur place vendredi vers 18h.

Le Premier ministre Guy Verhofstadt, de retour de Toscane en Italie, devait arriver à Chièvres vendredi en fin d'après-midi. Il a prévu de se rendre sur les lieux de la catastrophe et d'assister à une réunion de coordination des services de secours et d'aide à Ath.

Le ministre de la Santé publique, Rudy Demotte, aussi en vacances mais en Bulgarie, devait également arriver vers 18h à Chièvres. Le ministre-président wallon, Jean-Claude Van Cauwenberghe, et plusieurs membres de son gouvernement se sont déjà rendus sur place vendredi en début d'après-midi.

Par ailleurs, le pape Jean-Paul II a envoyé un télégramme de condoléances aux victimes de l'explosion de Ghislenghien, a annoncé l'agence de presse italienne Ansa.

«C’était une petite fin du monde»

«Une petite fin du monde»: Christel Millien, journaliste à Ath, dépeint comme une «scène d’apocalypse» le spectacle de la zone industrielle de Ghislenghien, ravagée vendredi par l’explosion accidentelle d’une canalisation de gaz qui a fait 15 morts.

Ce vendredi peu avant 9h00 (7h00 GMT), elle entend une très forte déflagration, depuis les bureaux du Courrier de l’Escaut, dans le centre-ville d’Ath (sud de la Belgique). «Tout le monde a un peu paniqué. On croyait à un tremblement de terre. Nous avons téléphoné aux pompiers qui nous ont dit que c’était une explosion de gaz», raconte Mme Millien, qui est alors à une dizaine de kilomètres du drame.

Arrivée sur les lieux un quart d’heure après l’explosion, elle passe le périmètre de sécurité qui était en train de se mettre en place au moment de l’explosion et voit «une scène d’apocalypse. Ce n’est pas drôle à dire, c’était vraiment l’apocalypse».

«Les voitures étaient carbonisées, et tout autour de nous, les pompiers essayaient de gérer cette horrible situation», explique-t-elle. Plusieurs d’entre eux, qui étaient en intervention parce qu’une odeur de gaz persistante avait été signalée, ont déjà péri, soufflés par l’explosion, et gisent alentour ou sont évacués. Certains ont été projetés à une centaine de mètres.

«L’usine de diamant en construction à côté de la canalisation était dévastée. Elle avait fondu. Autour du lieu de l’explosion il y avait un cratère dont je ne saurais dire la grandeur... plusieurs dizaines de mètres en tout cas. Les voitures à 500 mètres avaient fondu aussi», poursuit-elle. «La chaleur était infernale. Pour nous c’était une petite fin du monde». «Une flamme immense continuait de brûler au-dessus de la canalisation, même si le feu commençait à diminuer. A un moment, on nous a prévenu que ça menaçait d’exploser encore et j’ai dû courir à travers un champ de maïs et me mettre à terre», rapporte la jeune femme.

Elle reste une heure sur place, voyant les secours affluer de tous côtés. «Mon père, qui est pompier, a retrouvé le corps d’un de ses collègues. Un moment très pénible pour lui».

«Les pompiers n’étaient pas tous de la région d’Ath, il y a eu de nombreux renforts. Mais ils sont très solidaires. Le commandant des pompiers d’ici venait de prendre ses fonctions il y a deux semaines. Il est mort en intervention», explique Christel Millien.

«On a conseillé aux habitants des environs de rester chez eux pour des raisons de sécurité. Mais quand ils vont ressortir, ils vont être très choqués», ajoute-t-elle.

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