Faits divers Après les attentats, Fayçal Cheffou a passé 4 jours en prison parce que les enquêteurs le soupçonnaient d’être l’homme au chapeau.

Depuis qu’il a été libéré au cours du lundi de Pâques, Fayçal Cheffou vit dans la clandestinité. Le Bruxellois, qui se sent traqué, passe ses journées cloîtré chez une connaissance. "Je ne peux plus sortir. Toute cette affaire a ruiné ma vie", raconte Fayçal Cheffou au téléphone.

Trois jours après les attentats de Zaventem et Maelbeek, des policiers interpellent l’homme dans une voiture stationnée juste devant le parquet fédéral à Bruxelles. "Ils croyaient que j’étais présent lors de l’attaque à Zaventem. J’ai immédiatement dit à la police que je ne pouvais pas être là à ce moment-là pour la simple raison que j’étais chez moi. Ils pouvaient très bien vérifier cela. J’avais des preuves. Mais personne ne m’écoutait. J’étais le coupable idéal. Comme s’ils raisonnaient de la manière suivant : "On fait comme si on avait le bon." La population était inquiète après ces horribles attentats. Ainsi, les auteurs devaient être attrapés. Apaiser la population était subitement la priorité de l’État. La police m’a alors arrêté."

Fayçal reconnaît qu’il n’était pas inconnu de la Justice. "Je savais que la Sûreté de l’État me suivait parce que j’avais prétendument recruté des personnes du parc Maximilien pour intégrer des organisations extrémistes. Le jour où les événements ont eu lieu à Maelbeek et Zaventem, il est apparu d’un coup qu’ils n’arrivaient pas à mettre la main sur deux auteurs. Alors, ils ont sorti leur dossier et dit : "Là, celui-là lui ressemble un peu quand même." (soupir)

Selon Fayçal Cheffou, les preuves contre lui étaient inexistantes. "Ce chauffeur de taxi qui a pris les terroristes trouvait que je ressemblais un peu à celui qui portait un chapeau. Mais ils n’avaient rien de plus."

À l’égard de la police, Fayçal ne prononce pas un seul mot positif. "La police belge travaille sur ce dossier en collaboration avec des collègues français et marocains. Ces derniers n’ont pas vraiment une manière amicale d’interroger. Au poste de police, ils m’ont complètement déshabillé. J’ai aussi reçu des coups. Ce que j’ai compris, c’est que, après les attaques, la police n’était plus tenue de respecter la loi. Ouste la démocratie ! Et pendant que les enquêteurs se concentraient sur moi, ils ont laissé les véritables auteurs s’enfuir. Nous sommes maintenant deux semaines après les attaques et ils sont toujours en fuite. C’est quand même le summum de l’incompétence."

Fayçal Cheffou a en revanche beaucoup d’éloges pour le juge d’instruction Patrick Decoster, l’homme qui l’a libéré le lundi de Pâques. "Cet homme a fait son travail. Quand il a réalisé que mes empreintes digitales et mon ADN ne correspondaient pas à ceux de la scène de crime, j’ai pu rentrer à la maison. Mon alibi correspondait également."

Pourtant, Fayçal Cheffou estime qu’on lui a infligé des dommages irréversibles : tout le monde connaît désormais son nom. "Je ne suis pas encore tout à fait blanchi. À cause de ça, je suis aujourd’hui menacé de mort. J’ai aussi une vie et une famille ! Imaginez donc ce que ma mère, mes sœurs et moi vivons actuellement."

Bien que libéré, Fayçal Cheffou reste provisoirement inculpé de participation aux activités d’un groupe terroriste. Ce sera à la chambre du conseil de décider si elle maintient - ou non - les poursuites.

Entre-temps, le journaliste autoproclamé tente de remettre sa vie sur les rails. "J’ai déjà eu des contacts avec CNN et ABC. Je veux que les gens connaissent la vérité", indique l’homme qui continue de clamer son innocence. "Je peux seulement vous dire qu’on ne peut rien me reprocher. Je n’ai rien fait. Je n’y étais pas. Je suis seulement très, très, très en colère maintenant."