C’est ce que nous confiait le fils aîné de Marc Dutroux et de Michelle Martin, il y a deux ans

BRUXELLES C’était le 15 juillet 2010. Un homme avait choisi de tomber le masque, tout en gardant ses lunettes de soleil vissées sur son nez, comme pour conserver la pudeur d’un regard qu’il savait bien qu’une population entière aurait tenté de scruter.

L’homme en question, 26 ans alors, s’appelle Frédéric. Dutroux. Victime collatérale du couple Marc Dutroux–Michelle Martin. Des trois enfants qu’ils eurent ensemble, il est l’aîné. Il avait douze ans au moment où l’hélicoptère de la gendarmerie atterrit dans son jardin, à Sars-la-Buissière. Donnant le coup d’envoi de l’affaire Dutroux, traumatisme mal guéri de toute une population. C’était un gosse, au courant de rien, à l’abri de tout. Pensait-il.

C’est à notre journaliste Nawal Bensalem, en haut de la Citadelle de Namur, comme pour prouver sa tentative de prendre son envol en tant qu’homme du lourd passé qui pesait sur ses épaules d’enfant, qu’il avait choisi de se confier, pour la première et dernière fois. D’évoquer comment “sa vie s’est effondrée” .

Hier, suite à la délicate libération de sa mère, Michelle Martin, Frédéric (qui ne porte plus le nom de Dutroux) a préféré ne pas s’exprimer. Il veut tirer un trait sur ce passé, pour avancer. “Tout ce qui devait être dit, vous le savez déjà” , se contentera-t-il de nous répondre.

A l’époque, sa mère comme son père, il les évoquait avec sincérité. Sans amour, sans haine. Avec distance, philosophie – “Allez un peu à Bagdad, vous verrez qu’il y a des situations bien plus dramatiques que la mienne.” “Jamais”, il n’a été abusé par son père. Tout au plus quelques “raclées”, mais “nous sommes tous sujets aux aléas de notre vie qui font qu’on adopte un comportement plus qu’un autre”, disait-il, comme voulant s’empêcher de juger.

Frédéric ne cherche pas à justifier, il cherche à se détacher, même s’il a ressenti de la peine et de la “pitié” pour les enfants victimes de ses parents. Pas un détachement sans cœur, inhumain. Un détachement nécessaire, pour tenter d’oublier la “désillusion”.

Son père ? La relation est “conflictuelle”. Il ne lui a jamais demandé pardon, contrairement à sa mère, “parce que c’est un homme qui n’envisage pas de demander pardon à qui que ce soit. En revanche, il est conscient de m’avoir fait mener une vie difficile”. C’est rare, mais il lui rend parfois visite, en prison.

Sa mère ? “Je ne l’ai plus vue depuis quelques années. J’ai encore quelques contacts mais nous avons parfois du mal à nous comprendre. Ils restent toutefois tous les deux mes parents, même si je n’ai pas grand-chose en commun avec eux.” Tout au plus aurait-il hérité de “l’intelligence” de son père et de la “sensibilité” de sa mère, s’il devait vraiment relier leurs points communs. Jamais Frédéric ne s’est surpris à rêver être né dans une autre famille. “Mais ne pas avoir de parents, ça, oui, j’y ai déjà pensé. Un peu comme dans le monde de Peter Pan.”

La question d’une éventuelle libération de ses parents, notre journaliste la lui avait, bien évidemment posée. “Si j’espère les revoir libres un jour ? Pour eux, peut-être, pas pour moi. Je m’en fiche. Passé un certain âge, on devient inoffensif, quand bien même on est malade. S’ils peuvent donc reformuler un semblant de vie normale pour vivre leur vieillesse ailleurs qu’en prison, je leur souhaite mais je ne m’attends pas à une vie de famille avec eux. J’essaie de faire ma vie, de fonder une famille et un foyer heureux. Je n’ai pas à assumer leur traumatisme à eux. Ce n’est pas le rôle des enfants.”

Au moment d’évoquer l’éventuelle libération de sa mère, Frédéric insinuait le grand âge qu’elle aurait. Michelle Martin est libre. À 52 ans. Ce n’est pas bien vieux…



© La Dernière Heure 2012