Frédéric Dutroux: “Voir mes parents libres un jour ? Je m’en fiche !”

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Faits divers

“S’ils peuvent reformuler un semblant de vie normale pour vivre leur vieillesse ailleurs qu’en prison, je le leur souhaite”

La vidéo de l'interview de notre journaliste Nawal Bensalem

«Je suis le fils de Marc Dutroux»

BRUXELLES Interview exclusive de Frédéric Dutroux, le fils de Marc.

Quel est votre sentiment quant à la pédophilie ?
“À mes yeux, c’est une maladie psychologique. Il faut quand même avoir un souci pour s’en prendre à un enfant. Cela ne peut pas être naturel, c’est certain. En plus, comment peuvent-ils faire souffrir des enfants et ne pas en être perturbé ? Il faut quand même être atteint.”

Arrive-t-il que des gens parlent de l’affaire Dutroux en votre présence sans savoir qu’il s’agit de votre père ?
“Oui, cela arrive. Je réagis discrètement mais ça fait toujours bizarre. C’est là que je me rends compte que les gens se font une idée totalement artificielle de l’affaire.”

Avez-vous déjà été menacé parce que vous êtes le fils de Marc Dutroux ?
“Oui, quand j’étais plus jeune. Des parents en colère qui voulaient appliquer la loi du Talion.”

Quelle est votre vision de l’affaire ?
“J’en pense tout et rien à la fois. Je pense que c’est bien malheureux et qu’il faut vivre avec et passer au-dessus le plus rapidement possible, cela fait 15 ans que ça traîne. C’est une affaire malheureuse qu’il faut résoudre pour les personnes qui en portent la responsabilité et surmonter pour celles qui en sont affectées.”

Aimeriez-vous rencontrer les parents des victimes ? Que leur diriez-vous ?
“Leur malheur me touche oui mais je les traiterais comme n’importe quelle personne qui a vécu un traumatisme et pas comme si j’en étais responsable.”

Qelles séquelles pensez-vous avoir gardées de ce lourd passé ?
“Une désillusion totale. Toute chose ne peut être comprise que si on en fait l’expérience.”

Avez-vous éprouvé de la tristesse pour les petites victimes ?
“Oui, j’ai éprouvé de la pitié.”

Êtes-vous passé par des phases de dépressions, des nuits de cauchemars ?
“Des cauchemars non puisque je les ai vécus en vrai. Oui, j’ai eu une petite dépression histoire de faire sauter le bouchon de toutes ces épreuves accumulées.”

Des tendances suicidaires vous ont-elles traversé l’esprit ?
“En rien liées à l’affaire. Cela a pu me traverser l’esprit oui mais c’était plus un non-sens qu’autre chose.”

Avez-vous eu besoin de l’aide de professionnels (psychologue,…) Prenez-vous des médicaments ?
“Non, je ne prends rien et j’ai toujours refusé une aide psychologique. Cela serait revenu à admettre une faiblesse, une perturbation que je rejetais parce que j’estimais que j’étais sain d’esprit et que le temps allait m’aider à gérer tout cela. À présent, c’est fait, enfin j’espère.”

Avez-vous songé à quitter la Belgique ?
“Oui. Je l’envisage très sérieusement d’ailleurs. Je voudrais vivre dans un endroit plus naturel, plus vert, moins urbanisé. Je n’aime pas les artifices. L’équilibre dont j’ai besoin ne se trouve pas en ville. Il me faut de l’air pur, de l’espace pour pouvoir éduquer mes futurs enfants dans un cadre plus sain. Je partirai quand j’en aurai les moyens.”

Espérez-vous revoir vos parents libres un jour ?
“Pour eux peut-être, pas pour moi. Je m’en fiche. Passé un certain âge, on devient inoffensif quand bien même on est malade. S’ils peuvent donc reformuler un semblant de vie normale pour vivre leur vieillesse ailleurs qu’en prison, je le leur souhaite mais je ne m’attends plus à une vie de famille avec eux. Je garde des contacts avec eux mais je ne veux pas non plus qu’on soit trop proches. Il y aura toujours une distance entre nous. J’essaie de faire ma vie, je veux pouvoir fonder une famille et un foyer heureux, je n’ai pas à assumer leur traumatisme à eux. Ce n’est pas le rôle des enfants. Je maintiendrai donc toujours une certaine distance avec eux.”

Qu’avez-vous envie de dire aux gens qui seraient tentés de vous hair uniquement parce que vous êtes le fils de votre père ?
“Je ne leur dirai rien. S’ils le font, c’est qu’ils ont un trop petit esprit, cela ne sert donc à rien que je communique avec eux, même si je n’en penserai pas moins. Je ne suis pas assistant social, je ne peux rien faire pour ceux qui ne comprennent pas qu’on ne choisit pas sa famille.”

Cette interview ne sera pas diffusée entièrement sur le site internet DH.be. L’interview est en effet une exclusivité de votre quotidien « La Dernière Heure – Les Sports » à découvrir ce jeudi chez votre libraire. Le Magazine Paris Match publiera également ce jeudi 16 pages sur ce témoignage incroyable.

6 pages spéciales dans votre DH

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