Concurrent malheureux du célèbre site de petites annonces, Frédéric Peters est accusé d’avoir commis "le plus gros hacking que la justice belge ait pu connaître".

Cinq ans de prison requis pour des faits de harcèlement, calomnie, diffamation, extorsion. Peine extrêmement lourde, à la hauteur d’un dossier presque jamais vu.

Hier s’est tenu le procès de Frédéric Peters, entrepreneur belge, cité par sa victime présumée, le CEO de l’entreprise française de petites annonces en ligne Vivastreet, Yannick Pons. Fait rare : le patron de cette boîte qui emploie 300 personnes a fait le déplacement en personne depuis la France pour demander aux juges de le "protéger" contre M. Peters.

L’histoire se résume comme suit. Frédéric Peters crée son site petitesannonces.be en 2001. Vivastreet prend la suite quelques années plus tard, avec un succès bien plus important. L’entreprise est devenue florissante pendant que celle de M. Peters vivote. L’homme considère dès lors qu’il a été volé. "En 2006, mon site était dans le top 10 des sites les plus consultés en Belgique francophone. M. Pons l’a siphonné !", éructe-t-il à la barre.

Son nouveau combat est le suivant : il veut prouver que Vivastreet fait la part belle à la prostitution illégale. Il faut signaler ici qu’un simple clic en tapant "Vivastreet et prostitution" dans Google suffit à démontrer la chose, ainsi que de nombreux articles de presse dans des médias comme Le Monde, F rance Inter ou RTL, plutôt bien documentés . L’avocat de l’entreprise, Me Etienne Wéry, sous-entend que ces articles ont été suggérés à la presse française par Frédéric Peters en personne. Mais il passe vite sur le sujet. Car ce n’était pas celui du jour.

Fin 2014, Frédéric Peters - il ne le nie pas - parvient à trouver une faille de sécurité sur le site internet de Vivastreet et "pompe 28 millions de données utilisateurs", selon Me Wéry, soit "le plus gros hacking que la justice belge ait eu à connaître".

S’ensuit alors une rencontre entre les deux hommes. Pons propose un contrat de consultant à Peters qui refuse; pas assez payé selon lui. La contre-offre (500.000 euros) est considérée comme une tentative d’extorsion par le boss de Vivastreet. Dès lors, c’est la guerre. "M. Peters a envoyé des centaines de mails à la terre entière, aux magistrats, aux procureurs, aux journalistes (dont l’auteur de ces lignes, ndlr) , à moi. Le juge d’instruction en charge de ce dossier s’est fait insulter. On connaissait Donald Trump, en Belgique, on a M. Peters !", scande l’avocat. "Tout ce qu’il fait, c’est du chantage, du racket, de l’extorsion", poursuit-il, demandant contre Frédéric Peters "une peine qui restaure la sérénité. Le seul moyen est de l’enfermer le plus longtemps possible."

Pour le substitut du procureur du Roi, Pascal Tilliet, "Frédéric Peters entend dénoncer une mafia, mais à part lui, tout le monde semble faire partie de cette mafia. Cette accumulation m’inquiète. Il faut dire ‘ça suffit’. Soit vous l’internez, soit vous le condamnez à 5 ans d’emprisonnement", lâche-t-il.

Éberlué, Frédéric Peters, qui se défend seul, rétorque en criant au "n’importe quoi. On ne démontre pas les menaces. Où sont-elles ? Le dossier est creux. Je n’ai rien à me reprocher. Si vous voulez m’envoyer en prison, faites-le." Le ton monte assez vite. "Je ne suis pas une personne dangereuse ou un chevalier blanc. Je suis éditeur d’un site internet et je demande à ce que les règles du jeu soient respectées. M. Pons est parfaitement conscient que son core-business , c’est la prostitution."

Yannick Pons prend la parole, un peu abattu. "Ce monsieur est en rapport constant avec des journalistes. On est en permanence en train d’éteindre des incendies. Comment on peut faire pour qu’il arrête ?" Le jugement sera prononcé le 4 avril. En attendant, la présidente a demandé à M. Peters "d’arrêter son harcèlement et de respecter ses conditions de libération".